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jeudi 10 avril 2008

Paracha Metsora : la lèpre

"Lorsqu'il se forme sur la chair d’un homme une tumeur, une dartre ou une tache pouvant dégénérer sur cette peau en affection lépreuse, il sera présenté à Aaron le prêtre ou à l’un de ses fils" Lév 13/2. Dans tous ces chapitres du Lévitique concernant les affections cutanées pouvant entraîner l'impureté de l'homme qui en est atteint, il s'agit de manière évidente de maladies psychosomatiques, que seul le prêtre et non le médecin est à même de déceler et de guérir. La Thora affirme ici le concept d'unité, dans tous les domaines : identité de la religion, de la morale et de l'hygiène, unité de l'être humain dont le corps et l'esprit forment un tout indivisible.

Unité et harmonie dans la Création

Cette conception conduit à voir dans certaines lésions physiques dont l'homme est affecté, une origine morale ou spirituelle. Ainsi, Rabbi Yonathan déclare que des affections lépreuses affectent l'homme à la suite de 7 péchés: la calomnie, l’homicide, le parjure, la débauche, l'orgueil, le vol et la jalousie (Arakhin 16a). Il ne s'agit donc pas d'un phénomène naturel, mais d'une intervention providentielle (Maimonide).

Ces affections lépreuses ne se manifestaient d’ailleurs qu'en Eretz Israël et ont disparu depuis la destruction du Temple. En effet, le Cohen seul peut déclarer une plaie pure ou impure. La plaie ne présentera aucun caractère d'impureté aussi longtemps que le Cohen ne l’a pas déclarée impure, même si cette plaie présente tous les symptômes de la maladie. Il en est de même de la guérison. Il appartient au Cohen, seul précepteur du peuple, de réprimander le coupable et de le ramener sur le droit chemin.

A l’analyse de ce phénomène, on constate que la maladie se déclare seulement si le coupable cache son forfait au plus profond de son âme. La maladie a un rôle révélateur de la véritable nature de l'individu. D'où la thérapeutique indispensable pour faire prendre conscience à cet homme du mal qui le ronge. Le défaut profond de l'âme, pouvant provoquer l'orgueil, la haine, la jalousie ou la médisance, se manifeste sous forme de Tsara’ath, mot traduit, faute de mieux, par le terme de lèpre. L'homme lui-même peut ignorer l’existence de ce défaut profond de son âme. Grâce à la manifestation d'un signe visible, la Tsara’ath, l’homme se rend compte de son mal intérieur et peut alors se soigner et guérir. Pour bien montrer qu'il s'agit d'un problème essentiellement moral, c'est au Cohen qu'il se présentera et non pas au médecin. La thérapeutique ne consistera pas en une administration de médicaments, mais en un isolement de la personne atteinte d’une telle lésion. La mise en quarantaine, donne au "coupable" l’occasion de réfléchir, de méditer, de découvrir l'origine de son mal et de faire repentance.

Le vrai chemin du Repentir

Nos sages font remarquer que les plaies sont souvent graduelles et que leur progression est fonction de l’aveuglement du coupable. Ainsi l’homme est d'abord touché dans sa maison, ensuite dans ses vêtements et enfin dans son corps. Lorsque l'homme consulte le Cohen, découvre la raison de son affection et se repent, les plaies cessent d’elles-mêmes dès que l'homme prend conscience de son imperfection. Malgré la disparition de ces affections lépreuses, la leçon donnée par la Torah demeure d’actualité. "Hamétsora." peut être lu "Hamotsi ra", un lépreux n’est qu’un médisant. Les paroles mauvaises proférées de sa bouche, rend cette bouche "impure" au point que la sagesse elle-même, se trouve entachée d'impureté. Mais si la Techouva est accomplie, la sagesse retrouve sa place et sa lumière. Nos Sages se servent souvent des versets de ces passages du Lévitique, n'ayant aucune implication pratique de nos jours, pour en dégager un enseignement moral. Le premier verset cité au début de ce texte peut donc être lu de la manière suivante : il arrive à des gens d’avoir des velléités de repentance ou de retour à la tradition, à ses racines, à la lumière et à la vérité, des moments d’exaltation ou des instants de fort désir d'élévation spirituelle. En fait, ces sentiments apparaissent très vite superficiels, car le fond de l'être n’est pas toujours préparé à une révolution totale de sa vie. Le seul moyen de tirer un bénéfice spirituel de ces moments exceptionnels est de s'attacher à un Tsadiq et de rechercher un milieu favorable à l'éclosion de cette spiritualité naissante. Livré à lui-même, l’individu n'arrive pas à savoir comment diriger ses efforts. Il faut une référence pour exploiter au maximum ces instants fugaces. C'est ce que suggère la lecture symbolique du verset: Si un homme "sent sur sa peau" quelques instants de Sééth, d'élévation et d’exaltation, de Sapahath, de sentiment de rapprochement ou de Bahéreth, de clairvoyance, même si ce n’est qu’au niveau "de sa peau", superficiellement, ils sont le signe de la découverte en lui d'un mal profond et caché. Alors il faut "amener cet homme chez le prêtre", chez le maître, chez le Tsadiq, afin qu’il lui montre le chemin du véritable repentir. Dans ces propos, nous trouvons une indication à la quête de spiritualité que connaissent nos jeunes aujourd'hui. Ils ne peuvent étancher leur soif de connaissance et d’absolu que s'ils ont la chance de rencontrer des maîtres véritables ou un milieu propice à l’éclosion de leur quête et s’ils ont la sagesse de ne pas se fier à n’importe quel gourou de pacotille.

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vendredi 4 avril 2008

Paracha Tazria : la naissance

Trois clés sont entre les mains du Tout Puissant lui-même et n'ont été remises à aucun ange : la naissance, les pluies et la résurrection des morts. Le Tout Puissant dirige personnellement et sans intermédiaire ces trois domaines selon nos mérites et nos prières, au niveau collectif et individuel.

Un émerveillement

Il existe des gens qui voient dans la naissance un phénomène tellement naturel qu'ils n'y prêtent plus aucune attention et manquent une occasion de s'émerveiller devant les oeuvres divines. D'une simple goutte, D.ieu crée une multitude de cellules qui composent le corps humain : véritable chef d’œuvre inégalé muni de l’ordinateur le plus performant : le cerveau. Déjà dans le sein de sa mère, le fœtus est comme un livre replié ; au-dessus de sa tête brûle une lumière, il voit le monde d'un bout à l'autre et il passe son temps à étudier la Torah qu'un ange lui fait oublier en le frappant sur la lèvre supérieure quand il est sur le point de naître (Nidda 30).

Ces paroles de Rabbi Simlaï rendent compte d'une réalité que la science a mis des siècles à découvrir et à confirmer. Dans le fœtus existent déjà en puissance toutes les facultés et les potentialités du futur enfant. L'être humain ne connaît durant sa vie terrestre, aucun moment aussi heureux que celui où il se trouve dans le sein maternel. Si un ange lui fait oublier la Torah à sa naissance à quoi bon la lui avoir enseignée? C’est pour que l'homme ait le mérite de revenir à la source et fasse Techouva, repentance.

Quand l'homme réapprend la Torah, il découvre qu'il a été créé en dernier, après les animaux sauvages et les volatiles. En réalité, l'âme était préexistante à la création et seul le corps fut formé le sixième jour. Cette précision confère à l’homme une valeur symbolique: si l'orgueil lui gonfle le cœur, on lui rappelle qu'un puceron l'a précédé dans l'ordre de la création. De ces considérations, nos Sages expliquent la place de la Parachah Tazria, après la description des animaux purs et impurs.

Ramban donne une signification différente basée sur les conditions psychophysiologiques de l'enfant au moment de la naissance: si ses parents se préoccupent de pureté et ne consomment que des choses pures, l’enfant disposera des qualités et des vertus que symbolisent ces animaux purs: sobriété, bonté, intégrité morale, toutes vertus décrites à propos des signes des animaux purs, sabots cornés et fendus et pouvant ruminer.

Le sacrifice offert par la femme au jour de sa purification, après l’heureux événement de la naissance d'un enfant, peut être compris comme un hommage rendu à l'Eternel.

Aimer, c’est donner

Lorsqu'une femme a conçu et enfanté un garçon, elle sera impure durant 7 jours (Lev 12,2). Seule la femme devient impure, pas l'enfant. L'âme étant pure dès la naissance, elle n'est entachée d'aucune impureté rituelle.

La source de toute impureté, c'est la mort. Le cadavre d'un homme est considéré comme impur, parce que l'âme pure et sainte qui l'animait l'a abandonné. L'âme est le symbole de la présence divine et de la vie. Or, nous savons que trois associés président à la naissance d'un enfant: le père, la mère et D.ieu. Au moment de cette naissance l'Eternel se retire et confie l'enfant aux soins des parents. L'impureté de la femme est causée par le retrait de D.ieu (Rabbin Schwartz).

Ramban est d'avis de rechercher l'origine de l'impureté dans les lois physiques et morales. La naissance d'un enfant est conditionnée par l'esprit de sainteté dans lequel s'unissent les époux au moment de leur relation conjugale. Ramban rappelle que l'intimité conjugale est un noble et bel acte de sanctification, dans la mesure où l'on éloigne de son esprit toute pensée vulgaire et impure. L'union physique des époux contribue à l'harmonie des cœurs. Le terme employé par la Torah pour parler de cette union est le verbe « connaître ». Quand la Torah dit « Adam connut sa femme Eve », elle exprime une notion d'intimité dont le prélude est fait d'amour, de la recherche des besoins de l'autre. La connaissance suppose une recherche, une curiosité. Lorsque l'union de l'homme et de la femme se déroule dans un esprit de sainteté, les deux conjoints éloignent de leur cœur et de leur esprit toute idée d’égoïsme et d’égocentrisme pour conférer à leur acte une dimension plus noble, plus élevée, entièrement dirigée vers l'autre. Le verbe « Véahavta, tu aimeras » vient de la racine « hav » signifiant « donner ». Le véritable amour est d'abord abnégation. Plus on donne à autrui, plus on l’aime. Tenir compte des besoins et des goûts du conjoint, voilà le secret du bonheur dans le couple.

Grand Rabbin Jacques Ouaknin

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vendredi 28 mars 2008

Paracha Chemini: expiation et réparation

Le jour de Roch Hachana nous proclamons solennellement « Le repentir, la prière et la charité écartent l’arrêt funeste ». Chaque faute entraîne un châtiment de même nature et en proportion avec la faute. Le processus du repentir et de la prière, fait que le coupable n’est plus coupable, c'est un autre homme. Le Ba’al-techouva a résolu ses contradictions et devient par là-même étranger à sa propre faute. Le châtiment concerne donc la personne et non la faute commise. Le péché, une fois accompli, devient indépendant de son auteur et nécessite réparation.

Lorsque Réouven a volé de l’argent à Shimon, il sera jugé et condamné. Il peut lui arriver de regretter d’avoir agi ainsi, de se mettre à jeûner, à prier, à demander pardon à Dieu et promettre de ne plus recommencer. Réouven devient un repentant, un Ba’al-techouva. Il a expié sa faute, mais il ne l’aura réparée que lorsqu'il restituera l’argent volé à Shimon. Il en est ainsi de tout manquement à la Torah, même si nous n'en voyons pas les conséquences, quelque chose a été brisée qui nécessite une réparation de la même nature que la faute. La question est de savoir si cette réparation est limitée dans le temps ou si elle devient une exigence intemporelle, liée à l’objet même de la faute.

Dans notre paracha Chemini " Le huitième jour, Moshé dit à Aaron, à ses fils et aux anciens d'Israël : Prends un veau expiatoire et un bélier pour holocauste " Lév 9,1-4. Le huitième jour dont parle le verset est un grand Jour, le premier Nissan où le Tabernacle est définitivement inauguré.

Avant d'inaugurer l’ère des "sacrifices", Aaron et les enfants d’Israël se voient tout d’abord dans l’obligation de se "purifier" des fautes antérieures en offrant des sacrifices expiatoires. La faute du veau d’or plane encore au-dessus du camp au moment de l’inauguration du Tabernacle. Mais alors pourquoi les enfants d'Israël se voient-ils tenus d'apporter des sacrifices supplémentaires ? Leurs sacrifices auraient dû être identiques à ceux d’Aaron !

En fait, on reproche surtout à Aaron, d’avoir façonné le veau d'or, non de l'avoir conçu, alors que les enfants d'Israël l'avaient réclamé et adoré. C’est pourquoi, au niveau de l'expiation, Aaron offre un veau, car un expiatoire (Hatath) efface une action commise par inadvertance, et sans intention de nuire. Aaron se trouve donc lavé de toute accusation de mauvaise intention. Il est vrai qu’il a confectionné le veau d'or, mais il n'a fait que céder à la pression du peuple. Son intention était pure, il ne cherchait qu'à faire patienter le peuple en attendant le retour de Moïse. Tandis que le sacrifice offert par les enfants d'Israël était une Olah, un holocauste, qui est offert en général pour expier une faute d'intention. En effet, les enfants d'Israël étaient coupables d'idolâtrie. Ce sont eux qui ont réclamé un dieu, ce sont eux qui ont fait pression sur Aaron, et quand le veau d'or fut confectionné, ils joignirent l'acte à la pensée, en l'adorant.

Nature du péché

Tout péché crée une brisure dans le monde et cette brisure nécessite réparation. Le temps n'y fait rien. Même si des siècles passent, ils n'effacent pas le péché qui exige toujours réparation.

La Techouva se manifeste au niveau du coupable. Elle peut différer la sentence ou même l'annuler. Mais les conséquences du péché demeurent tant qu'il n'y a pas eu réparation, car la faute acquiert une certaine indépendance part rapport à celui qui l'a commise. La faute est une "brisure du vase" : même brisé par inadvertance et sans intention de nuire, le vase n’est plus entier. Pour rétablir l’harmonie dans le monde, tout délit entraîne réparation.

Selon un Midrach, les frères de Joseph avaient expié leur crime à travers les sacrifices offerts au cours des générations, mais la "mort" du Juste n'avait pas encore été "réparée". Il a fallu attendre plusieurs siècles pour que cette réparation ait lieu. Cela se passe lors de la révolte de Bar Kokhba, lorsque dix Justes en Israël furent condamnés par les Romains à être brûlés sur le bûcher. Lorsque ces sages se sont réunis pour déterminer quelle pouvait être leur crime pour mériter une telle mort, alors qu’ils avaient consacré toute leur vie à la Torah, il leur fut répondu "de derrière le Rideau céleste" : c'est pour réparer la vente de Joseph par ses frères.

A la lumière de ce Midrach énigmatique, certaines infidélités à la Torah, de peu d’importance à nos yeux parce qu’elles semblent ne concerner que nous-mêmes, sont lourdes de conséquences, et expliqueraient ainsi beaucoup d'évènements tragiques de l’histoire d’Israël! Cependant, personne ne peut s’arroger le droit de s’ériger en juge et de justifier tel événement tragique pour un individu ou pour le peuple d’Israël. Ce jugement appartient à D.ieu seul. Quant à nous, nous devons faire preuve d’humilité en toutes circonstances.

Grand Rabbin Jacques Ouaknin

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jeudi 20 mars 2008

Paracha Tsav : les sacrifices

Le Lévitique consacre de nombreux chapitres aux sacrifices d'animaux. Cette pratique est étonnante lorsqu'on sait combien la Torah est soucieuse de protéger les animaux en interdisant de leur infliger des souffrances inutiles. En quoi tuer un animal peut-il réparer une faute commise par l'homme ? En quoi faire mourir une bête innocente peut-il nous réconcilier avec notre Créateur et notre conscience ?.

Harmonie de la Création

Pour comprendre le monde des sacrifices, il est nécessaire de rappeler l'existence du Créateur. L'Eternel a introduit dans sa création un certain ordre. Respecter cet ordre est source d'harmonie et de bonheur pour toute la création et en particulier pour l'homme, couronnement de cette oeuvre. Perturber cet ordre est source de malheurs et d'épreuves. Une faute est-elle irréversible et irrécupérable ? Lorsque l'ordre du monde est perturbé, existe-t-il une possibilité de retrouver l'harmonie? La Torah donne une réponse claire et sans ambiguïté : toute faute est réparable. Un vase brisé dont on recolle les morceaux demeure un vase, même s’il n’est plus jamais comme auparavant.

Les sacrifices font partie de cette catégorie de lois, désignées sous le nom de 'Houkim, lois irrationnelles inaccessibles à notre compréhension, décrets divins dont D.ieu seul connaît le secret.

Le mot hébraïque qui désigne le sacrifice a une signification très précise éloignée du concept exprimé par ce mot dans d'autres civilisations. En hébreu « Korbane » dérive du verbe Karov « se rapprocher ». La faute, le péché, le délit, le crime, éloignent l'homme de D.ieu en créant entre eux un écran. L'expression « D.ieu se voile la face » traduit cette réalité. Le sacrifice déchire ce voile et laisse passer de nouveau la lumière divine, en direction de l’homme

Le sens des sacrifices

Chez les nations de l'antiquité, le sacrifice humain ou animal avait pour but de « pacifier la divinité », c'est-à-dire d'agir sur la divinité pour « l'amadouer ». Dans la tradition juive, le Korbane est une action qui permet de se rapprocher de D.ieu après s'en être éloigné. Le Korbane n'agit pas sur D.ieu mais sur la personne qui l'offre. La Torah parle « d'odeur agréable à l'Eternel » pour exprimer la joie de D.ieu de voir revenir à lui ses enfants. Les sacrifices d’animaux n’ont plus cours en l’absence du Temple.

Le Sefer Hahinoukh rappelle que le cœur est directement influencé par les actes. L'homme qui a péché ne peut pas retrouver un coeur pur, par de simples paroles de regret. Il lui faut un acte important pour expier ses fautes. En lui demandant de choisir un bélier de son troupeau, de l'amener lui-même au Temple et d’y accomplir tout le rite prescrit pour le sacrifice expiatoire, cet homme réalisera combien sa négligence était grave et il ne récidivera pas de sitôt !

Ramban fait remarquer que les oeuvres de l'homme se trouvent achevées en pensée d'abord, puis en parole et enfin dans un acte. Quand la personne ayant péché, vient offrir un sacrifice expiatoire, elle doit imposer les mains sur l'animal pour réparer la mauvaise action ; elle doit aussi exprimer sa faute à haute voix pour réparer le mauvais usage qu'elle a fait de sa parole, et enfin, elle fera brûler sur l'autel les entrailles et les organes de l’animal qui sont le siège du désir, pour chasser ses mauvaises pensées.

La manière dont la Torah donne l'ordre d'offrir des sacrifices, exprime ce que D.ieu attend de l'homme.

« Adam ki Yaariv mikème - Un homme qui offre un sacrifice de vous ! ». Midrach Rabba souligne que notre offrande doit être semblable à celle d'Adam, c’est-à-dire provenant de notre bien propre et non le produit d'un vol, ni celui de la violence. « de vous » souligne que ce qui est offert est, en réalité une partie de nous même. La véritable finalité du sacrifice, c’est d’offrir à D.ieu ce qu'il y a d'animal en nous, nos inclinations matérielles et bestiales, c’est à dire notre instinct animal. En mettant nos actes, nos pensées, nos aspirations au service de la glorification du Nom de D.ieu, nous déposons notre plus belle offrande au pied du trône céleste. Toutes ces tentatives d’explications n’annulent pas l'acte même du sacrifice. Comme touts les autres Mitsvot, il s’agit avant tout de décrets divins. Nos sages enseignent que le monde repose sur trois fondements: La Torah, la Avoda et la Guemilouth Hassadim : La torah, le culte et l’amour d’autrui. Ces trois forces spirituelles vitales sont indispensables pour assurer l'existence du monde.

En plus de leur aspect intellectuel et culturel, l’étude et la pratique de la Torah constituent l'un de ces piliers. Aujourd'hui, les prières remplacent les sacrifices ; elles représentent le lien entre les mondes supérieurs et inférieurs et permettent à l’homme d’accéder à D.ieu.

Grand Rabbin Jacques Ouaknin

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jeudi 13 mars 2008

Paracha Vayikra : l'appel

« Vayiqra èl Moché » « Il appela Moïse ». Le texte ne dit pas qui adresse cet appel, mais il est évident que c'est D.ieu qui appelle Moïse pour lui parler. D.ieu aurait pu lui parler directement comme il le fait habituellement « Vaydabère Hachem el Moché » ! Pourquoi le texte est différent ici ?

La première fois que D.ieu s’adresse à Moïse, c’était du milieu du buisson ardent. D.ieu avait pris la voix d’Amram, pour ne pas effrayer Moïse qui croyait entendre parler son père. Nos sages en déduisent qu’il ne faut jamais adresser la parole à quelqu'un, sans l'avoir interpellé et attiré son attention auparavant. L'idée développée ici est importante. Toute parole doit avoir un auteur et un destinataire. Toute parole devient un lien entre celui qui parle et celui ou ceux qui l'écoutent et ce lien a besoin de préparation, d'entrée en matière. L'interlocuteur saura ainsi que c’est à lui que l'on s'adresse. L’entrée en matière conférera à l’interlocuteur, à la fois existence et importance. Il va devenir le dépositaire de la parole. S'il s'agit d'un message suivi d'un engagement, l'interlocuteur se sentira concerné, impliqué.

Relations humaines

Ce principe est général et s'applique dans bien des domaines de la vie, dès qu'il s'agit de relations humaines. Entre parents et enfants, le discours éducatif peut prendre différentes formes : dictat, indiscuté et indiscutable ou au contraire, interpellation sous forme de concertation et d’élaboration d’un projet commun. L'enfant se sentira impliqué, partie prenante. Il comprendra son intérêt et ressentira la manifestation d’amour à son égard. Même s'il se sait « petit », l'interpellation le grandit, lui confère une certaine stature. Il devient un associé dans l’œuvre commune, dans le projet des parents. Lorsque des parents se donnent la peine d’expliquer un ordre, son exécution se fera dans un tout autre état d'esprit, avec enthousiasme et entrain. L’enfant se sentira soutenu et encouragé dans l'action entreprise. Cette situation psychologique se retrouve dans le domaine du travail, dans les relations entre patrons et ouvriers, entre chef de service et employés, et surtout dans le domaine familial, entre mari et femme. Plus d’une femme se sent frustrée parce que son mari se réserve jalousement un domaine où le plus souvent, il prend tout seul des décisions pour «son travail », c’est son domaine réservé, secret, intime. Même s'il aime sa femme plus que tout au monde, même s'il l'entoure d'attentions affectueuses, cette femme sentira qu'il existe un domaine d'où elle est exclue, entraînant tristesse et sentiment d'abandon. Au contraire lorsque la femme est consultée, elle apprécie l’importance qu’on lui accorde, et elle ressent une fierté certaine.

Donner de l’importance

Le second appel adressé à Moché se situe au moment de la Révélation sur le Mont Sinaï: « Et D.ieu appela Moché au sommet de la montagne » (Ex. 19/20). D.ieu l'appelle pour le distinguer des autres, pour le montrer du doigt à la foule. Dans une manifestation publique, on appelle à monter à la tribune les personnalités, et les personnes à qui on veut manifester un signe d'honneur.

Le troisième appel est différent de ceux qui l'ont précédé du point de vue du déroulement de l'histoire d'Israël. Dans le Livre de l'Exode, le peuple juif se trouve en situation de récepteur, « Il est le peuple qui reçoit les bienfaits de D.ieu », qui bénéficie de l'amour gratuit de D.ieu. Dans le Livre de Vayiqra apparaît une nouvelle dimension au plan historique. Le peuple juif va désormais devenir également « celui qui donne » et « C'est D.ieu qui reçoit ». C'est une forme nouvelle de relation, un face à face où chacun des partenaires est en mesure d'apporter quelque chose à l'autre.

La Loi sur les sacrifices introduit cette nouvelle dimension dans la vie du peuple juif. VAYIQRa s'écrit avec un petit Aleph. Cette lettre en réduction a été interprétée comme un signe d'humilité. Même si l'homme se sent tellement petit et insignifiant par rapport à la grandeur divine, son « sacrifice » est néanmoins le bienvenu et il sera agréé par le Créateur comme une grande chose.

La Tora veut nous montrer que Moïse a pu entendre l'appel de D.ieu, simplement parce qu'il était à son écoute. Ainsi, toute personne à l'écoute peut finir par entendre l’appel de D.ieu. Celui qui est à l'écoute de son devoir, en perçoit continuellement le signal et sait se soumettre à ses exigences. Signalons enfin que l'Eternel appelle Moché par le nom que lui a donné une étrangère, une païenne ; mais du fait que ce nom a été donné avec amour et affection, il apparaît comme le plus beau nom donné au sauveur d'Israël. Langage d'amour et de paix, voilà le seul chemin qui, en vérité, peut changer la face de notre monde.

Grand Rabbin Jacques Ouaknin

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jeudi 28 février 2008

Paracha Vayakhel : le Chabbat

Le commandement d'observer le Chabbat apparaît deux semaines de suite. Dans la Paracha Ki Tissa, le texte sur le Chabbath suit celui de la construction du Tabernacle alors que dans notre Paracha de Vayaqhel, l’observance du Chabbath précède la description du Tabernacle et de tout son mobilier. Cette différence est-elle significative ?

Dans Ki Tissa, le texte sur le Chabbath est introduit par le mot Akh, marquant une restriction, ce qui fait dire au Baal Hatourirn : le lien existant entre le Sanctuaire et le Chabbath se situe au niveau des travaux. De ce lien, nos sages déduisent les travaux interdits pendant le saint jour. La Loi orale en dénombre trente neuf, Lamed-têt-melakhot. Autre analogie entre le Chabbath et la construction du Tabernacle : de même que le Sanctuaire est capable d'expier la faute du Veau d'Or, le Chabbath peut procurer le pardon de tout péché, fut-il celui de l’idolâtrie.

Afin de calmer leurs appréhensions quant à l'avenir, Moïse s’adresse à toute la communauté des enfants d'Israël et leur fit comprendre que le jour de Kippour a pu expier la faute du Veau d'Or, mais que le Chabbath sera toujours présent, pour procurer le pardon pour les autres fautes, même l'idolâtrie, allusion aux fautes comparables à celle du Veau d'Or.

Le texte emploie une expression particulière pour désigner la communauté d'Israël: « Vayaqhel Moché êt kol adat bené Israël » Moise rassembla toute la communauté des enfants d'Israël. Le mot « adat » laisse entendre que Moïse n'a rassemblé que les notables, les grands personnages de la communauté. Le devoir de réprimande doit être exercé par les dignitaires et les autorités morales de la communauté. Personne n’accède à une dignité si le ciel ne l'a pas décidé ainsi. Moise pensait donc s’appuyer sur les dignitaires pour faire passer le message. Nous retrouvons d’ailleurs cette méthode des cercles concentriques chaque fois qu'il s'agit de la transmission de la Torah. Rambam ne nous dit-il pas qu'il faut répéter quatre fois une halakha pour la retenir ! Nous l’apprenons de Moïse lui-même qui donnait une première leçon à son frère Aaron, puis répétait la même leçon devant Aaron et ses fils. Ensuite, les Anciens se joignaient à eux et Moïse répétait la même leçon. Et enfin, avant de se retirer pour laisser la place à Aaron, Moïse exposait la même leçon devant tout le peuple réuni. Après l’avoir reçue de l’Eternel, Moise a répété quatre fois la Torah.

Six jours tu travailleras

Lc Chabbath constitue l’aboutissement des six jours de la création. Sans création, il n'y a pas de Chabbath. C'est pourquoi la Torah parle des six jours de la semaine pendant lesquels l'homme doit travailler et s'adonner à toutes ses occupations. De cette formulation de la Torah, deux déductions sont évidentes. La première est que le travail est nécessaire, le travail est noble. La seconde est que le travail n'a de sens et n'est sanctifié que par l’institution du Chabbath.

Les jours de la semaine ne sont considérés que comme des moments de préparation pour le Chabbath qui ne saurait exister ici bas, sans les six jours de travail, et ces six jours n'ont aucun sens sans le Chabbath. D'autre part, la semaine et le Chabbath sont en opposition: ils sont différents dans toutes leurs manifestations: "Que tu tiennes le Chabbat en honneur" Isaïe 58,13 signifie: que tes vêtements du Chabbath ne soient pas les mêmes que ceux de la semaine. Que ta démarche du Chabbath ne soit pas celle de la semaine. Le jour du Chabbath, tes préoccupations ne doivent pas être les mêmes que celles de la semaine.

Le Chabbath est sanctifié, c'est-à-dire, séparé, différent, distingué des autres jours. C'est pourquoi nous devons éviter d'aborder tout sujet pouvant créer des dissensions, des crispations ou des irritations. C'est le sens que donne les Hassidim à « l'interdiction de faire du feu » mise en exergue par rapport à tous les autres travaux interdits. Ne mettez pas le feu de la discorde dans vos demeures en abordant des sujets pouvant susciter la colère, la mauvaise humeur, la dispute. Le fait que la Torah parle de « demeures » au pluriel « Vous n'allumerez pas de feu dans vos demeures » fait allusion, selon le Maguid, à la demeure en Israël et celle de l’exil, insistant ainsi sur l'observance du Chabbath obligatoire quelle que soit la situation du peuple d'Israël.

En guise de conclusion sur un sujet qui pourrait occuper toute une vie, disons que le Chabbath possède un caractère miraculeux et régénérateur, qui a permis au peuple juif de survivre malgré les vicissitudes qu'il a connues durant deux mille ans et qu’il permet aujourd'hui à tous ceux qui l’observent, de connaître un moment de lumière et de vrai bonheur au milieu d'un flot de grisaille. Le Chabbath a un pouvoir magique capable de redonner à l'homme toute sa dignité et tout son éclat.

Grand Rabbin Jacques Ouaknin

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jeudi 14 février 2008

Paracha Tetsavé : l'absence du nom

Nos sages s'étonnent de l'absence du nom de Moïse dans la Paracha Tétsavé. Depuis la naissance du guide d'Israël, le nom de Moïse apparaît dans toutes les Parachiot sauf dans celles de Tétsavé. Curieuse coïncidence, la Paracha Tétsavé est toujours lue dans la semaine de l'anniversaire de Moïse, comme pour nous dire, bien que son nom ne soit pas mentionné, Moïse est toujours omniprésent.

Moché Rabbénou

Ben lch Haï fait remarquer que nous avons l'habitude de mentionner le titre avant le nom. Par exemple Rabbi Aqiba, Rabbénou Béhayé... Pourquoi disons-nous Moché Rabbénou, en mentionnant le nom avant le titre c'est à dire en disant « Moïse notre Maître » au lieu de « notre Maître Moïse »?

Moché signifie " qui tire " et désigne le libérateur d'Israël « qui a tiré » les douze Tribus du pays d'Egypte "du creuset de fer".

En vérité, Moïse aurait dû s'appeler Machouy, au passif, comme le proclame Bityah la fille du Pharaon "car je l'ai tiré des eaux". Bityah a eu un éclair prophétique en l'appelant Moché, celui qui délivre son peuple. En le sauvant des eaux, Bityah savait que son fils adoptif deviendrait le sauveur d'Israël. Pour maquiller son geste et ne pas entrer en rébellion ouverte contre son père Pharaon, elle disait à qui voulait l'entendre " je l'ai appelé Moché parce que je l'ai tiré des eaux " afin de ne pas éveiller l'attention sur l'étymologie réelle de Moché et sur son destin extraordinaire. Moché n'est devenu le Maître d'Israël, son tuteur et son enseignant qu'à partir de la Révélation sur le Mont Sinaï, au moment où il a remis la Torah aux enfants d'Israël. Le nom traditionnel donné à Moïse "Moché Rabbénou " tient compte de cette chronologie d'abord le sauveur, ensuite le Maître, l'éducateur. Le nom de Moché témoigne aussi du degré de lumière divine auquel s'est élevé le libérateur d'Israël.

Importance de la parole

Un proverbe populaire dit " al tiftah pi laSatan" "n'ouvre pas la bouche au Satan" c'est à dire "n’annonce jamais de mauvais présages". Sans donner dans la superstition, nos sages attirent notre attention sur l'importance de la parole. La parole est créatrice comme elle peut être destructrice.

Distribuez des paroles encourageantes autour de vous et vous verrez s'épanouir ceux à qui elles s'adressent. Proférez des remontrances ou des paroles méchantes et vous verrez se refermer sur eux-mêmes les personnes qu'elles visent. Le comportement de nos enfants dépend souvent de la manière dont nous nous adressons à eux ou de la manière dont nous les tenons en estime. Lorsque l'enfant sent qu'il est l'objet de notre confiance et de notre respect, il donne le maximum de lui-même. Ce qui est vrai de l'enfant, l'est tout autant de l'ouvrier ou de l'employé par rapport à son patron et du chef d'entreprise par rapport à son conseil d'administration.

Ainsi, lorsque Moïse voulut intercéder en faveur du peuple d'Israël, il eut une parole malheureuse. Le peuple venait de s'adonner au culte du veau d'or et de susciter la colère divine. D.ieu décide alors d'exterminer ce peuple ingrat. A peine a-t-il reçu la Torah que déjà, il la trahit, parce que son guide Moïse tarde à redescendre de la montagne. Alors Moïse dit à l'Eternel: "Si tu effaces ce peuple, efface-moi également de Ton Livre que Tu as écrit". Aucune parole ne demeure lettre morte ; même spontanée et irréfléchie, toute parole se réalise d’une certaine manière. Bien que l'Eternel ait pardonné à Moïse, cet incident eut pour conséquence, l’omission du nom de Moché de la Paracha Tétsavé.

Hommage à l’humilité

"L'homme Moïse est le plus humble que la terre n’ait jamais porté". L'humilité est la qualité essentielle de Moïse. Nous en avons l'illustration en maintes occasions. Or, Tétsavé est la Paracha consacrée aux habits du grand prêtre. Bien qu'étant le chef du peuple, Moïse se tient à l'écart, par modestie, pour laisser à Aaron le devant de la scène. Tout en supervisant les travaux, il demeure dans l'ombre pour s'effacer devant son frère. Il savait que le sacerdoce serait confié à Aaron. Dans son ardeur à vouloir servir l'Eternel, il aurait pu en concevoir de la jalousie. Moïse prouvera ainsi qu’il est un grand homme et un véritable serviteur de D.ieu. Le fait de s’effacer ne diminue en rien sa grandeur.

Le monde serait tellement plus serein si chaque homme se contentait de la mission qui lui est impartie ici-bas, sans qu’il sente le besoin d’aller empiéter dans le domaine de son voisin. L'humilité de Moïse a d'abord consisté dans le respect de la vocation d'Aaron, sans en ressentir le moindre ressentiment ni la moindre jalousie. Et malgré l’absence de son nom, la personnalité de Moïse est omniprésente.

Grand Rabbin Jacques Ouaknin

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jeudi 7 février 2008

Paracha Terouma : une offrande pour D.ieu

"L'Eternel parla à Moïse en disant : Parle aux Enfants d’Israël, qu'ils prennent pour moi un prélèvement" Exode 25,1. La difficulté de ce passage ne réside pas seulement dans l'idée elle-même d'un prélèvement mais également dans les termes employés. En effet, si la terre et le ciel et tout ce qu'ils renferment appartiennent à D.ieu, sur quel bien propre, l'homme peut-il opérer un prélèvement pour l’Eternel ? Le Roi David disait : "Car tout vient de Toi et ce qui vient de Ta main, nous Te le donnons" 1 Chron.29,14. Cette idée est mise en évidence par les termes employés dans la Paracha : "Veyiq'hou li" "qu'ils prennent pour moi", au lieu d’une expression plus courante "Veyitnou li", "et qu'ils me donnent, et qu'ils m'offrent"...

Certains de nos sages expliquent qu'en la matière, l’homme est effectivement dans l'impossibilité d’offrir quoi que ce soit à l'Eternel, puisque rien ne lui appartient en propre. La seule chose qui lui appartienne c’est l'intention qui accompagne son geste, la volonté d’être agréable à l'Eternel.

Gardons-nous d’une déduction hâtive que n'hésitent pas à faire beaucoup de nos coreligionnaires, suivant en cela un adage talmudique "D.ieu ne demande que le cœur" ou en d'autres termes "l'intention vaut l'action".

L’intention vaut-elle l’action ?

L'intention vaut effectivement l'action lorsque l'homme, empêché d'accomplir une action, a fait l'effort de l'entreprendre. Par contre, une simple intention, sans aucune tentative de réalisation, n'est d'aucune valeur. Exemple: j’ai envie de me rendre à la synagogue pour la prière du matin. A mi-chemin, un camion renversé bloque entièrement la circulation. Malgré mon désir de me rendre à la synagogue je ne peux y arriver. Dans ce cas, mon intention compte comme une action car seule une circonstance indépendante de ma volonté m’a empêché de réaliser mon action.

"Veyiqhou li". L’expression demeure difficile à comprendre. Que signifie « qu’ils prennent pour moi une offrande ? » D.ieu a-t-Il besoin de cadeaux ? Rachi traduit «li » par lichmi, pour moi, veut dire pour Mon Nom, pour la glorification de mon Nom. Cette idée constitue le fondement de toute la Création. « Tout ce qui est appelé de Mon Nom, c’est pour Ma gloire que je l'ai créé, formé et organisé » Isaie 43,7. Depuis la plus petite des créatures jusqu'aux phénomènes les plus impressionnants, tout a été créé pour la gloire de D.ieu.

Ben Ich 'Hai voit dans le mot Li de Veyiqhou, l’illustration d’une autre idée. Li est en effet composé de deux lettres, Lamed, la plus grande des lettres, la seule qui dépasse vers le haut l’alignement des lettres et le Yod, la plus petite des lettres que l'on peut à la limite confondre avec un point. Li est donc un symbole pour l’homme. Si l’homme recherche véritablement D.ieu, il peut le découvrir à travers toutes ses oeuvres, dans les plus petites créatures comme dans les phénomènes les plus grands. Toute la création se veut un hymne à la gloire de l’Eternel. On peut traduire ce concept fondamental en disant que rien n'existe pour soi-même. Tout est situé dans la dimension du sacré, toute la Création porte le sceau du divin.

Le sceau de D.ieu

La création du monde s’achève sur le septième jour. Or le septième jour, le Chabbath, symbole de la création, est également celui de la rédemption, de la libération. Par notre activité durant les six jours, nous participons au déroulement de l'histoire. Par la sanctification du Chabbath, nous prenons conscience des actes qui surpassent, ennoblissent et rachètent l’histoire. Le judaïsme véritable affirme le monde sans lui être asservi, prend part à la civilisation mais la transcende, conquiert l'espace mais sanctifie le temps. Or, le Chabbath est directement lié à l'Eternel : Chabbath Lachèm.

La Terouma, le prélèvement est donc une mise à part "d'une partie des biens de l'homme" pour le Nom de l'Eternel, c’est à dire pour sa gloire.

Une explication hassidique assimile Li à oti. D.ieu attend des hommes « qu’ils Me prennent » et non pas « qu’ils prennent en mon honneur ». Ce que D.ieu attend de l’homme, ce n’est pas un prélèvement sur la récolte mais que l’homme fasse entrer D.ieu lui-même dans sa vie. Si chacun sent la présence divine dans sa vie de manière familière, si la lumière divine illumine tous ses instants, alors il a réalisé toutes les aspirations d’un être vivant sur terre. L’Eternel nous demande de l’aimer d’un amour total, un amour de tous les instants, pour notre bonheur et pour l’éternité de notre âme. Toute notre être intérieur doit être illuminé par la Présence divine. Voilà le véritable sens de « qu’ils me prennent ».

Grand Rabbin Jacques Ouaknin

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jeudi 31 janvier 2008

Paracha Michpatim : la loi de la majorité

"Aharé Rabbime lehattoth" « la loi de la majorité » est un principe fondamental de la Torah. Dans quel cas s’applique-t-elle ? Comme toute loi aussi bien civile que religieuse, elle nécessite un décret d’application pour déterminer les domaines dans lesquels elle est souveraine.

Un jour, un païen dit à Rabbi Yehoshua ben Korha "Puisque nous sommes la majorité, pourquoi vous Juifs, vous ne vous conduisez pas comme nous ?" Cette question nous est souvent posée dans notre vie quotidienne, à l’école, au travail, dans les réunions d’associations... Rabbi Yehoshua ben Korha avait répondu qu’en définitive, il n'y avait pas dans le monde de véritable majorité et que l'humanité était divisée en une multitude infinie de cultes, de croyances et de conceptions politiques. Ne serait-ce que pour cette raison, il serait difficile d’adhérer à une quelconque majorité. Le Midrach n’est pas satisfait de cette réponse et aujourd'hui, il le serait d’autant moins, qu’il existe des sondages d'opinions et des statistiques dans bien des domaines où il serait aisé de dégager sinon une majorité, du moins une tendance générale qui aurait valeur de majorité. Essayons de comprendre ce concept fondamental de la Torah et d’en définir les limites...

Abraham ha’ivri : Abraham l’hébreu

Lorsque Abraham a été investi de sa mission, il a dû affronter le monde extérieur seul et dans l'isolement. C'est d’ailleurs la signification du nom « hébreu » donné par le Midrach : Abraham était d'un côté et le monde entier de l'autre côté. De même, lorsque l’Eternel se choisit un peuple pour être une "nation de prêtres", il confia à une minorité le soin de garder et de propager la vérité de la Torah. D’après la tradition, c’est sur cette minorité que repose l’avenir de l’humanité, car c’est de cette minorité que naîtra le Messie et bourgeonnera le salut du monde. Or cette minorité ne peut assurer sa pérennité qu’à force d’obstination et de dévouement pouvant aller jusqu’au sacrifice suprême, dans un esprit d’héroïsme permanent, par le seul fait de résister constamment à la pression du grand nombre, pour préserver son identité.

La loi de la majorité n'est pas clairement définie. Elle est déduite d'une formulation négative. En effet, la Torah dit: "Ne suis pas une majorité pour le mal et ne te prononces pas sur un litige en suivant la majorité partiale" Exode 23,2. On peut en déduire clairement qu’il faudrait suivre la majorité lorsqu’il s’agit du bien ou d’une cause juste.

Si une majorité remet en question les principes éthiques ou idéologiques de la Torah, il est évident qu’il ne faut pas suivre une telle majorité. D’ailleurs, telle a toujours été l'attitude du peuple juif face aux autres nations de l’humanité et face à ses "détracteurs" à l'intérieur même du peuple juif lui-même.

Halakha et démocratie

Cette question de la loi de la majorité est d'une brûlante actualité, surtout en Israël où tous les juifs n'ont pas la même conception de la vie juive. Au nom de la majorité, doit-on accepter certains remaniements de la loi d'essence divine et réprimer les agissements d'une minorité de « fous de Dieu » ! En d’autres termes, le caractère divin de la Torah peut-il s’accommoder avec l’esprit démocratique des Israéliens ? Pour résoudre ce problème et donner la tendance générale de la Torah, Rachi profite de l'écriture inhabituelle du mot RiV désignant "le litige" pour le lire RaV, le maître, le grand. Ce qui donne : « Tu ne te prononceras pas contre le plus grand » c'est à dire « tu ne dois pas donner un avis contraire à celui du membre le plus éminent du Tribunal ».

On voit se profiler derrière cette lecture de Rachi, tout l'édifice du judaïsme fondé sur l’autorité du maître, qui représente en quelque sorte l'autorité divine. Cette idée est exprimée clairement dans le texte de la Torah où le juge et l'autorité judiciaire sont désignés par le mot «dieu»: Elohim. A propos de l’esclave hébreu qui refuse d’être affranchi au bout de la sixième année parce qu’il veut rester au service de son maître, il est écrit "Vehiguisho adonave el haélohim" "et son maître l'amènera vers Dieu c’est-à-dire au tribunal ».

A chaque époque, des idées se font jour sur la manière de comprendre et de pratiquer le judaïsme. Si une majorité libérale se dégageait aujourd’hui au sein du peuple juif, doit-on pour autant déclarer qu'il s'agit de l'expression d’un judaïsme authentique ? La Torah répond sans équivoque que ce n'est pas le peuple qui définit la doctrine, même s'il arrive à un consensus majoritaire. Lorsqu'on parle de majorité, dans l’esprit de la Torah il s'agit d’une majorité sélective. Seules des autorités religieuses compétentes et fidèles à la Tradition peuvent se prononcer sur les questions de doctrine religieuse et leur évolution.

Grand Rabbin Jacques Ouaknin

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jeudi 24 janvier 2008

Paracha Yitro: l'organisation de la Justice

Dans le monde occidental, on a tendance à confondre amour et justice, régie de vie et organisation sociale. De là à dire que la Torah n'est pas une doctrine d'amour parce qu'elle se préoccupe aussi de justice et de vie sociale, le pas est vite franchi.

Rendre justice doit être une priorité pour l'édification d'une société viable et une société harmonieuse. Le pardon est indispensable. L’homme, à l'exemple de D.ieu doit être bon, patient et miséricordieux, mais le pardon ne peut exister que dans la mesure où la faute a été reconnue et réparée. Le pardon n'intervient qu'après l'exercice de la justice. C’est peut-être la raison qui a présidé à l'Alliance conclue par l'Eternel avec les nations et qui place l'institution des Tribunaux à la tête des sept lois noahides.

Le conseil de Yitro

Il n'y a pas de mots suffisamment puissants et évocateurs pour décrire ce qu'était la personnalité de Moïse, l'homme qui a parlé face à face avec D.ieu, l'homme qui a porté à bout de bras le peuple à la nuque raide. Dans son amour pour les enfants d'Israël, Moïse oublie que la tâche est immense et qu'il risque de succomber sous le poids de ses responsabilités. Cette attitude découle d'un bon sentiment: le souci d'entretenir une relation personnelle et directe avec chaque membre de son peuple. L'idée de se faire assister par des conseillers ne lui vient même pas à l'esprit. Sa conscience lui ordonne de s'occuper lui-même du plus infime détail malgré sa charge surhumaine et en dépit des conséquences pour la vie d'un seul homme, qu'une telle exigence peut avoir.

Yithro, le beau-père de Moïse, est un observateur impartial. Il se rend compte de la charge que Moïse fait peser sur le peuple et lui suggère toute une organisation judiciaire en quadrillant le peuple par la nomination de chefs de mille, de cents, de cinquante et de dix. Les Juges seraient choisis par le peuple et ratifiés par Moïse.

Moïse accepte le conseil de Yithro et le met immédiatement en pratique. Il n'a pas considéré comme un déshonneur ou comme une atteinte portée à son autorité ou à celle de la Torah, le fait d'écouter un conseil judicieux, venant même d'un homme étranger au peuple juif, si l'on estime que la conversion de Yitro n’eut lieu que plus tard.

Des hommes éminents

Pour pratiquer la justice et diriger le peuple d'Israël il est indispensable d'avoir des hommes éminents, répondant aux qualité définies par la Torah «Aneché Hayil, Yiré Elokim, aneché émeth, soné Batsa » - « des hommes éminents, craignant D.ieu, des hommes intègres, ennemis du lucre » Exode 18,21

Aneché Hayil : des hommes vaillants, ayant des vertus de piété et de moralité scrupuleuses, avec un sens de la justice et de l'autorité. Bahya fait remarquer que toutes les qualités exigées d'un dirigeant communautaire sont d'abord d'ordre moral, des qualités de cœur et d'intégrité. D'ailleurs on peut constater que la Torah vante toujours les hommes éminents pour leurs qualités morales et jamais pour leur capacité intellectuelle.

Yiré Elokim : craignant D.ieu. La crainte de D.ieu éloigne l'homme du péché. Le péché crée un écran entre D.ieu et les hommes. L'homme craignant D.ieu est digne de confiance, car il se sait constamment sous le regard de son Créateur. Il ne peut dissimuler un forfait ou simplement une mauvaise pensée. Or pour exercer la justice en toute équité, il est nécessaire de jouer la transparence et de faire constamment référence à la Loi et pas seulement se fier à sa propre intuition. Une justice équitable rendue en toute sérénité, sans aucune pression matérielle ou sociale, ne risque pas d'être corrompue.

Aneché Emet : aimant la vérité. Qu'est-ce que la vérité ? Notion difficile à cerner. La vérité est-elle la réalité ou bien plutôt l'interprétation conforme à l'esprit de la Loi d'un évènement ?

Soné Batsa : ennemis du lucre. Même si l'argent est le nerf de la guerre, le dirigeant idéal doit être détaché des questions d'argent. Seul doit compter l'idéal pour lequel il s'est engagé. C'est pour cela que le choix du peuple doit se porter sur un homme riche, non pas riche de son avoir en banque mais un homme riche de qualités morales.

Moïse n’était-il pas capable de concevoir une telle organisation sociale proposée par Yitro? En réalité Moïse avait même reçu de D.ieu l'ordre de nommer des Juges, mais pris par les urgences du moment, il a oublié d'exécuter cet ordre momentanément. Yitro méritait de donner son nom à cette réforme judiciaire parce qu’il a été le premier à l’exprimer et du fait qu'il a quitté son pays pour rendre, dans le désert, un grand hommage au D.ieu d'Israël.

Grand Rabbin Jacques Ouaknin

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jeudi 17 janvier 2008

Paracha Bechala'h : pédagogie

" Eduque l’enfant selon sa voie, et ainsi, même devenu adulte, il ne s'en écartera point". Proverbes 22,6 « Hanokh lanaar al pi darko, gam ki yazkine, lo yassour miménah ».

Ce principe fondamental de toute éducation peut s’expliquer par la signification réelle du mot "Hanokh", de la même racine que Hanoukah. D'après la Torah, l'éducation recouvre l’idée d'inauguration, une espèce d'"accouchement" des qualités existant en puissance chez l’enfant, la mise au jour de forces enfouies dans le cœur et l'esprit de l'enfant. L'éducation et la pédagogie s'opposent à l'idée reçue d’une violation de la conscience de l’enfant en lui imposant une discipline, un comportement ou une connaissance.

Histoire de Pessah

Dans un village frontalier, quelque part en Pologne, vivait un Tsadiq. Le gouverneur de la ville, jaloux de l'autorité dont jouissait le Rabbi auprès de ses Hassidim convoqua un jour le saint homme et lui dit: « Je vais te montrer la suprématie de mon autorité sur la tienne. Toi, tu commandes un petit nombre de juifs, moi, je peux me faire obéir par toute la population de la région. »

Interrompant la conversation, le Rabbi sourit et donna ordre à ses disciples de lui apporter sur l'heure un paquet de tabac. Sous l’œil médusé du gouverneur, les disciples revinrent avec le paquet de tabac absolument interdit. A présent, dit le Rabbi à ses disciples, je veux du pain juif. Or, on était à la veille de Pessah et tous les juifs s'étaient déjà débarrassés de leur Hametz. Une heure plus tard, les hommes revinrent tremblants et en pleurs : Saint Rabbi, impossible de trouver la moindre miette de pain juif. Tous, sans exception, ont fait disparaître jusqu’à la dernière miette de pain.

Le Rabbi dit au gouverneur: jugez vous-même de quel côté se trouve l’autorité ! L’interdiction du pain la veille de Pessa'h date de près de 30 siècles et les juifs s'y conforment scrupuleusement. Personne ne les y contraint. Quant à vous, malgré votre armée et votre police, malgré les sanctions et la prison, vous n'avez pas réussi à vous faire obéir ne serait-ce qu’une semaine. La preuve, le tabac absolument prohibé !!

Cette histoire hassidique illustre l'importance de la libre adhésion à des principes. L'Eternel lui-même nous donne l'exemple de cette pédagogie. Il aurait pu imposer aux enfants d’Israël de se diriger directement vers la Terre Promise en passant par le pays des Philistins et les protéger d’une manière miraculeuse, mais D.ieu voulait que son peuple fût formé pour affronter les difficultés de la vie.

En effet, pour quelle raison D.ieu n’a pas engagé Israël dans le chemin du pays des Philistins, bien plus court pour atteindre la Terre promise ? A cette question, bien des réponses ont été données.

Education

La route des Philistins était « proche » "Ki karov hou". En prenant le chemin des Philistins, les enfants d'Israël se seraient rendu compte de la proximité du pays de Canaan et à la moindre occasion, ils auraient été tentés de revenir en Egypte. Les enfants d'Israël n'étaient donc pas encore préparés pour affronter les réalités de la vie. Tel un jeune enfant, le peuple d'Israël avait besoin d’éducation. Rambam insiste sur l'importance de cette préparation. Les Rabbins n’ont jamais imposé au peuple une tradition nouvelle, avant de constater sa disposition à l’observer, suite à une longue préparation des esprits.

Le problème soulevé ici est d'une actualité brûlante. Il touche aux relations entre religieux et non religieux, à l'éducation des enfants dans les écoles et les Talmudé-Torah, mais aussi au rôle du Rabbin dans son approche des exigences religieuses. Il ne suffit pas de penser détenir la vérité pour s'octroyer le droit d'asséner aux autres cette vérité. Il est nécessaire d'y mettre les formes et de savoir préparer les autres à recevoir cette vérité.

Dans la formation des maîtres, on insiste d’ailleurs sur l'importance de la forme aussi bien que sur celle du fond. Le fond et la forme se complètent et s'enrichissent mutuellement, à tel point que pour la tradition, le véritable maître doit "ressembler à un ange de Dieu ". En d'autres termes, la connaissance véritable -le fond- entraîne tout un comportement -la forme- au niveau de l'enseignant lui-même qui doit donner l’exemple. Cette philosophie de l'éducation qui tient compte de la réceptivité de l’enfant, sera sans concession sur le fond pour lui conserver son caractère d’authenticité. Le maître exemplaire, tout en se mettant au niveau de l'élève, s’arrangera pour doter son élève des moyens de progresser dans le domaine de la connaissance sur le plan intellectuel et moral.

Grand Rabbin Jacques Ouaknin.

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vendredi 11 janvier 2008

Paracha Bo : l'assimilation

Pendant que les enfants d'Israël célébraient le Sédér en Egypte, le premier Sédér de l'histoire, l'Eternel envoya la dixième plaie sur l'Egypte. Le quatorzième jour du mois de Nissan, chaque famille devait abattre rituellement un agneau et asperger de son sang les deux montants et le linteau des maisons. L’agneau était consommé cette nuit même, rôti au feu, accompagné de Matzoth et d'herbes amères, la ceinture aux reins, les chaussures aux pieds, le bâton à la main.

Jusqu'à ce moment là, les enfants d'Israël étaient passifs, subissant amèrement l'esclavage et assistant en spectateurs aux plaies d'Egypte. A présent l'Eternel attend d'eux un geste de courage : affirmer leur identité face aux égyptiens en mettent le sang de l’agneau, l’une des divinités d’Egypte, sur les montants des portes de leurs maisons.

Engloutis dans les ténèbres

Pendant que les enfants d'Israël mettaient de côté les os entiers, restes de l'agneau pascal, se produisit une grande clameur en Egypte. Il était minuit. De chaque maison retentissaient des cris et des pleurs, il n'y avait point de maison qui n'abritât pas un mort. C'était la dixième plaie annoncée au Pharaon, la plus terrible : la mort des premiers nés. Le Pharaon se décida enfin à laisser partir les Hébreux.

Les étrangers vivant en Egypte furent aussi touchés par la dixième plaie. Pourquoi les étrangers ? Quel étaient leurs crimes ? Rachi nous dit qu’ils étaient témoins du malheur d'Israël et ils n'ont pas compati.

A ce sujet, un Midrach raconte que lorsque le Pharaon exposa son projet de « solution finale » pour le peuple Hébreu, Job, l'un de ses conseillers se tut et ce silence lui vaudra le silence de Dieu lorsque plus tard, il sera lui-même plongé dans l'épreuve et la détresse. (Job 42/10).

Vahamouchim, généralement traduit « Les enfants d'Israël avaient quitté l'Egypte en emportant des armes », pourrait signifier « un cinquième » Un juif sur cinq seulement sortit d'Egypte. Les quatre cinquièmes du peuple avaient péri lors de la neuvième plaie des ténèbres.

Pour mériter de sortir d'Egypte, il fallait une foi sans faille; il fallait aussi le vouloir. Ce n'est pas difficile à comprendre. Depuis près de deux mille ans les juifs répètent « L'an prochain à Jérusalem », mais quand Jérusalem s'ouvre à eux, librement, largement et chaleureusement, ils ne réagissent pas. Non seulement ils ne se précipitent pas pour y habiter, mais combien à ce jour, sont-ils ceux qui n’ont pas fait l'effort d'aller au moins lui rendre visite ? L'histoire est-elle un éternel recommencement ?

Identité

Bien des facteurs pourraient être avancés pour expliquer le faible pourcentage d'engagement au sein du peuple juif. Le mariage mixte n'est que la conséquence d'une assimilation galopante.

L'assimilation est le phénomène le plus naturel qui soit. L 'homme a tendance à se fondre dans le milieu ambiant. Il a horreur de se distinguer, surtout lorsque la mise à l'écart engendre des problèmes au niveau de la profession, du statut social ou simplement du bon voisinage. Préserver sa personnalité nécessite beaucoup de courage et de persévérance.

Le Midrach nous dit que nos ancêtres ont mérité d'être délivrés de l'Egypte parce qu'ils avaient conservé leurs noms, leurs habits, et leur langue. C'était de l'héroïsme. Aujourd'hui encore, être juif au quotidien est une forme d'héroïsme. C'est peut-être ce mérite qui nous vaut la bénédiction divine. Se savoir juif suffit-il pour assumer sa condition ?

En Diaspora, l'assimilation est aujourd’hui facilitée par les conditions de vie du Juif. Il n'est plus soumis à une pression quelconque. Il peut se fondre dans la masse sans soulever de problèmes majeurs. Il n'a même plus besoin de se convertir à une autre religion, ni changer de nom. Il existe dans le monde un tel brassage de population que personne ne se distingue plus de manière particulière. Ceux qui veulent demeurer juifs à cause de leur foi en Dieu, de la conscience qu'ils ont de leur histoire, de l'amour qu'ils portent à leur patrimoine, ne peuvent donc plus se permettre d'être superficiels. Pour transmettre la tradition à la génération montante, il faut un contenu sérieux, attrayant, dense. Le message doit être clair, vivant, source d’inspiration. Nos enfants sont exigeants et ils ont raison de l'être dans un monde sans frontière, porteur de l'idéal de fraternité universelle, et d'ouverture, dans un monde où la science et la technologie remplissent notre vie, tout en y créant, le plus souvent, un vide spirituel. Dans cet environnement, nos enfants ont besoin de vraies réponses étayées par l'histoire de notre peuple, éclairées par le génie de notre tradition. Il n’est jamais trop tard pour y penser et pour retrouver le chemin de l’authenticité.

Grand Rabbin Jacques Ouaknin

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jeudi 3 janvier 2008

Paracha Vaera: le libre arbitre

En physique, le principe est bien connu : dans chaque domaine il existe un "seuil" qui ne peut être dépassé. Exemple: une barre de fer est élastique. Sous l'action de la chaleur, elle peut être étirée, mais il arrive un moment où la barre casse, car l'élasticité du fer a une limite. Il en est de même dans l’économie spirituelle du monde. Il existe dans le domaine moral des "seuils" qui, une fois dépassés, entraînent des catastrophes au niveau individuel ou collectif. Dans le langage courant, on désigne ce seuil par "la goutte qui fait déborder le vase"...

Ainsi, la destruction de Sodome et de Gomorrhe a été le résultat du dépassement de la limite tolérée en matière de violence. Auparavant, la génération du déluge a vu la fin du monde pour avoir dépassé le « seuil » acceptable dans le domaine de la perversion. Plus tard, le Premier Temple et le Second Temple furent détruits à la suite du dépassement du "seuil" admis en matière d'infidélité à l'alliance divine.

D.ieu endurcit le cœur de Pharaon

Selon la Torah, l’être humain a la possibilité d'un choix entre le bien et le mal. Tout le système de récompense et de châtiment ne peut se justifier sans l’existence de ce principe fondamental du "libre arbitre" dont jouit tout être humain.

Comment comprendre alors que l’Eternel intervienne pour endurcir le cœur du Pharaon et le punir ensuite pour son entêtement dans son refus de laisser partir les Hébreux. Logiquement si le Pharaon est puni, c'est qu’il est coupable et s'il est coupable, c’est que l'Eternel n'est pas à l'origine de sa culpabilité. En effet, lorsque nous relisons le texte, nous constatons qu'à propos des cinq premières plaies, il est écrit "le cœur du Pharaon s’endurcit" ou encore "le Pharaon vit qu'il y avait le calme, il appesantit son coeur et ne laissa pas partir les enfants d’Israël".

L’équilibre rétabli

Sous la pression de son propre peuple et des plaies envoyées par l’Eternel sur son pays, Pharaon était sur le point de céder et de laisser sortir d’Egypte les enfants d’Israël. Alors l'Eternel intervint et endurcit le cœur du Pharaon. D.ieu voulait ainsi préserver la totale liberté de manoeuvre de Pharaon en le rendant insensible aux pressions des plaies. Pharaon ne profite pas de l’accalmie et de sa sérénité retrouvée pour libérer le peuple d’Israël. Au contraire, il persévère dans son entêtement et dans son refus d'obéir à l'injonction divine par l'intermédiaire de Moïse et d’Aaron.

Pharaon a été trop loin dans sa politique de refus. Il promettait de faire un geste dans le sens de la libération du peuple d’Israël et dès que la plaie cessait, il revenait sur sa parole. Cette attitude rappelle bien l’actualité quelque part dans le monde !

La coupe finit par déborder et le "seuil" était dépassé. Pharaon n'était plus récupérable. L’endurcissement de son cœur était déjà le début de sa punition. Le point de non-retour était franchi, il n'y avait plus la possibilité de faire marche arrière.

Cette illustration par un fait historique d'un principe important, se retrouve au niveau individuel et collectif. Les concessions que nous faisons au monde dans lequel nous vivons, notre laisser-aller dans l'observance des lois religieuses, finissent par devenir des habitudes qui nous masquent les véritables dangers que nous courons en tant que juifs. C'est pourquoi nous avons besoin de l’aide de D.ieu pour ne pas tomber dans l’écueil du dépassement du seuil admis, du point de non-retour.

Le grand nombre de désertions du judaïsme n’est que la conséquence directe de l'ignorance de ce principe fondamental. La Techouvah est toujours possible tant que le Juif n'a pas dépassé le point de non-retour, car au-delà de ce seuil, il est déjà mort en tant que juif. C'est ce que dit Réch Lakich à propos du verset "A celui qui veut se rendre impur, D.ieu lui ouvre les accès, et celui qui veut se purifier, D.ieu lui vient en aide " Proverbes 3,34. La maison du Père est toujours ouverte. Chacun peut y revenir même s’il s’en est beaucoup éloigné. D.ieu lui ouvre les bras et l’attend avec miséricorde, à condition de ne pas lui tourner définitivement le dos.

Pharaon n’a pas compris l’aide venue du ciel pour le sortir de son entêtement. Il a refusé de voir dans les plaies d’Egypte un signe et une chance de rédemption à la fois pour lui-même et pour le peuple d’Israël.

Grand Rabbin Jacques Ouaknin

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vendredi 21 décembre 2007

Paracha Vaye'hi : le secret de la force d'Israël

Avant de mourir, Jacob réunit ses enfants pour les bénir. Pour que cette bénédiction soit efficiente, Jacob dit: Hé-assefou, Rassemblez-vous, Hitqabetsou, serrez vos rangs, Vechim'ou, et écoutez...

Hé-assefou : Rassemblez-vous

L'Eternel avait dit à Abraham "Ta descendance sera aussi nombreuse que le sable de la terre". Quel est le sens de cette comparaison ? Un grain de sable isolé est vite emporté par les vagues tandis que beaucoup de grains entassés, liés les uns aux autres, deviennent une barrière, capable d'endiguer l'avance de la mer.

Tel est le message de Jacob à ses descendants: Un juif isolé peut être considéré comme perdu. La Halakhah interdit d'ailleurs aux juifs d'habiter dans une ville où il n'y a pas une communauté d'au moins dix personnes. Comment une famille isolée peut-elle valablement élever ses enfants, célébrer les fêtes, manger cachère et maintenir intégralement son identité. Les juifs ne se sont maintenus contre vents et marées comme ce sable du bord de mer que dans la mesure où ils étaient liés les uns aux autres, se soutenant et s'encourageant l'un l'autre. Pour demeurer juif on a besoin de cette chaleur humaine au sein la communauté, de ce sentiment de sécurité et de solidarité.

Hitqabetsou : serrez vos rangs

Rassemblez-vous et serrez vos coudes : deux conditions indispensables pour être réceptif au message de Jacob, notre ancêtre. Un juif ne peut pas vivre en ermite. Et si le judaïsme a triomphé des épreuves les plus terribles, il le doit à sa fidélité à la communauté, dans la cohésion et dans l'union des forces, dans la complémentarité des uns et des autres.

Israël sans la Torah n'est plus Israël. Tout le monde n'est pas apte à faire de l'étude sa principale occupation. Il faut se tourner alors vers l'association des deux frères Yssakhar et Zevouloun. : l'un s'occupant d'étude de la Torah, l'autre se chargeant de pourvoir à ses besoins, les deux se partageant le mérite de leur survie.

Vechim'ou, et écoutez.

Rassemblez-vous et écoutez: Hitqabetsou Vechim'ou. Le verbe Chema' signifie écouter mais aussi comprendre, être conscient de la réalité des choses. Ecouter, signifie également obéir, être soumis, aimer. Ecouter ses parents, c'est d'abord les aimer, les considérer, leur porter une certaine admiration et seulement après entendre ce qu'ils demandent pour l'accomplir.

Rassemblez et serrez vos rangs. Jacob n'attend pas de ses fils qu'ils soient tous pareils. Il connaît les aptitudes et le tempérament de chacun. Aussi les invite-t-il à mettre leurs forces propres dans la même bataille pour la même cause, la survie du peuple, la survie du judaïsme. Sans cette union de toutes les forces vives de la nation, le peuple risque de disparaître.

Le Midrach donne l’image de ce père qui, avant de mourir, réunit ses enfants et leur présente un fagot de bambous en leur demandant de le briser en deux. Aucun des enfants n’y arrive. Alors le père prend le fagot et en tire tige par tige qu’il brise aisément. Les enfants comprirent la leçon : tant qu’ils sont unis personne ne peut les vaincre.

On l'a vu lors de la destruction du Second Temple de Jérusalem. Pourquoi le Temple a-t-il été détruit ? Nos Sages en voient la cause dans la haine gratuite qui régnait au sein du peuple. La haine entraîne la discorde et la discussion. La discorde entraîne la dislocation de la communauté et la fin du peuple juif. Cette simple expression employée par Jacob « Héassefou, Hitqabetsou Vechim'ou » « rassemblez-­vous, serrez les rangs et écoutez » constitue certainement l'essentiel du testament spirituel que Jacob tenait à transmettre à ses 12 enfants, puisque l'inspiration divine l'ayant quitté, il s'est contenté de bénir chacun selon sa vocation.

Jacob rappelle à ses enfants que le caractère universel du peuple d'Israël passe par son particularisme. C'est en étant un juif authentique que le juif atteint la dimension de l'homme universel. C'est pourquoi Jacob précise: écoutez Israël (autre nom de Jacob) votre père. En définitive, aux yeux des peuples, votre sagesse réside dans la Torah et pas dans toute autre doctrine que vous auriez envie d'aller chercher ailleurs, parce qu’elle vous paraît plus attrayante.

Grand Rabbin Jacques Ouaknin.

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jeudi 13 décembre 2007

Paracha Vayigach : ceux qui nous gouvernent

Lorsque Joseph se fit connaître à ses frères, il leur conseilla de déclarer au Pharaon qu’ils sont des éleveurs de bétail, afin de demeurer dans le pays de Goschen, loin de la capitale.

Comment expliquer que Joseph se voit obligé de donner de tels conseils à ses frères, des conseils de prudence en vue de leur assurer une vie paisible et conforme à l'idéal familial ? Sachant combien il sera difficile à cette infime minorité nationale de sauvegarder son autonomie culturelle au milieu du peuple égyptien, Joseph leur recommande de paraître peu intéressants à tous points de vue aux yeux du Pharaon afin que celui-ci ne veuille les avoir auprès de lui. Joseph avait une trop grande expérience de la vie mondaine et de la politique pour savoir quels écueils il fallait épargner à ses frères.

La fréquentation des VIP

La fréquentation des « Grands », « des personnalités au pouvoir », peut susciter la jalousie, la cupidité, la colère et entraîner le malheur. En quelque sorte, Joseph faisait sien cet avertissement de Rabbane Gamliel « Hévou Zehirine barashouth... Soyez prudents dans vos relations avec les Grands, car rien ne les rapproche des hommes sinon leurs propres intérêts : ils apparaissent comme des amis tant qu'il y va de leur profit, mais ils n'accordent aucun soutien à l'homme au moment de sa détresse ».

Cet avertissement s'adressait, durant l'époque romaine, aux chefs des communautés pour les prévenir contre l'avidité et la cupidité des proconsuls : Jamais, leur disait Rabbane Gamliel, vous ne pourrez satisfaire l'avidité de ces hommes qui se montrent aimables et prévenants aussi longtemps qu'ils sont comblés de cadeaux mais dès que les moyens viennent à manquer à la communauté, ils accablent les juifs et n'interviennent pas auprès de l'Empereur romain en leur faveur.

Cette situation s’est perpétuée dans les pays où les juifs trouvèrent résidence. Nos aïeux ont fait, dans ce domaine, de tristes expériences. Grands ou petits, les souverains ont pratiqué à l'égard de nos pères la politique du chaud et du froid, les tolérant quand ils en avaient besoin et les expulsant dès qu'ils n'étaient plus utiles, tout en ayant soin, en passant, de les délester de tous leurs biens.

Cette michnah de Rabbane Gamliel n'a rien perdu de son actualité. Le mot employé pour désigner les grands, Rachoute, a une connotation péjorative. Il s'agit de personnes qui profitent de leur titre, de leur fonction ou de leur rang social pour avoir à l'égard de leur entourage un comportement tyrannique et pour satisfaire leur instinct de domination, leur orgueil et faire avancer leurs intérêts.

L'avertissement de Rabbane Gamliel est double. Il s'adresse à la fois aux " victimes " mais aussi à " ces grands " eux-mêmes.

Certains individus sont flattés de côtoyer et de fréquenter les grands de ce monde. Ils s'en vantent comme si cette fréquentation leur conférait une position sociale élevée. En fait, ils ne sont que les jouets entre les mains de ces grands, qui les manipulent tant qu'ils en ont besoin. Tout le monde connaît les sourires, les poignées de mains, les promesses en période électorale. Ces relations non fondées sur la sincérité et la vérité, finissent par faire des dupes dont le réveil est toujours douloureux.

La déconvenue des Grands

Quant aux « grands » eux-mêmes, – et un simple chef de service, un président d’association, devient un " grand " à cet égard – ils sont l'objet d'une cour assidue, entourés de soins attentifs de ceux qui dépendent d'eux pour un avantage matériel, un avancement ou tout profit quelconque.

Ces " grands " finissent par penser qu'ils sont véritablement des hommes de valeur et que l'empressement, le respect, la sollicitude dont ils sont l’objet de la part de leurs subalternes, sont l'expression d'une affection réelle à la mesure de la valeur de leur personnalité. En fait, dès que la fonction disparaît, dès que leur fréquentation n'est plus profitable, ces " grands " sont ignorés, parfois même méprisés. Ils ne comptent plus comme s'ils n'avaient jamais existé. Ils avaient tout le monde à leurs pieds, à présent ils sont livrés à leur solitude, plus personne ne s'intéresse vraiment à leur sort, sauf quelques rares amis, car ces " grands " ont rarement de vrais amis.

L’avertissement de Rabbane Gamliel s’adresse donc à tout individu qui aurait cette tentation de se prendre pour un « Grand » afin de l'en dissuader et de lui en montrer la vanité.
Grand Rabbin Jacques Ouaknin.

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lundi 26 novembre 2007

Paracha Vayechev : Yossef Hatsadik

Joseph, en Hébreu Yossef, est le personnage intermédiaire entre l'histoire des patriarches et celle du peuple naissant. La bénédiction que Jacob lui confère, se distingue par son ampleur par rapport à celles données à ses frères. "Ben porath Yossef, un fils fécond, Joseph".

Yossef réussit dans tout ce qu'il entreprend. Ne s’étant pas laissé détourner de sa pureté et de son sens du devoir par la femme de Putiphar, il méritera désormais dans la tradition juive le qualificatif de Tsadik, "le juste" avec une connotation de sainteté. Yossef Hatsadik, capable de maîtriser ses sens dans des circonstances difficiles, sera l’homme choisi par l’Eternel pour préparer le chemin à la royauté et au Messie...

Les démêlés avec les frères

L'histoire de Yossef n'est pas glorieuse à ses débuts. Yossef s’adonnait à la médisance, n’hésitant à rapporter à son père les pires calomnies sur ses frères. II racontait à que les fils de Léa mangeaient de la chair prise sur des bêtes vivantes, qu'ils humiliaient les fils des servantes Bilha et Zilpa en les traitant d’esclaves, qu'ils avaient des mœurs dissolues. Il ne se contentait pas de dire du mal à leur sujet, il les attaquait de front, poussant la provocation jusqu’à leur raconter ses rêves dans lesquels il avait le meilleur rôle : Lui était le roi et eux, ses frères, ses sujets.

La préférence de leur père à l'endroit de Yossef ne fit qu'exaspérer la haine que ses frères lui portaient. La tunique multicolore offerte par son père symbolisait son caractère dominateur, le grand nombre de couleurs signifiant qu'il les valait tous.

Des démêlés entre frères n'est pas un phénomène nouveau. Dès la création du monde, Caïn et Abel s'affrontent déjà, Itzhak et Ishmaël et à leur suite Essav et Yaakov reprennent ce combat fratricide.

II existe des motifs pour ces affrontements entre hommes ou entre les peuples, d'ordre psychologique, économique, politique, religieux...

Les frères ne jalousent pas Yossef pour la tunique multicolore mais pour la préférence dont il est l'objet de la part de leur père et dont la tunique était le symbole.

Le Messie fis de Joseph

Le véritable enjeu de la confrontation entre les frères se situe au niveau de la direction du peuple.

Qu'est-ce qu'un dirigeant ? L'homme capable de comprendre la volonté de ceux qui lui font confiance et d'exprimer leurs aspirations les plus profondes. Le véritable chef est celui qui donne des ailes à ceux qui le suivent, qui leur fait oublier leur propre personnalité pour se reconnaître en lui, en ses gestes, en ses paroles. Pour le peuple juif, le guide idéal est celui qui montre le chemin de la Rédemption.

Les frères ne sont pas disposés à reconnaître la royauté de Yossef, parce que Yossef n'exprime pas leur aspiration profonde.

Yossef est capable de transformer le monde matériel, de l'organiser, de préparer la venue du roi véritable, du Messie libérateur, mais non d'être lui-même ce Messie définitif. C'est pourquoi Yossef pourra devenir le Gouverneur de la contrée, le nourricier de l'Egypte et le vice-roi du Pharaon. Cette étape matérielle dans le monde de la matière est indispensable pour la construction spirituelle. Lorsque les frères reconnurent Yossef et l'embrassèrent tout en pleurant d'émotion, cette image d'unité et d'union est devenue le symbole de l'association indispensable entre les forces matérielles et spirituelles pour l'édification d'une nation.

L’épopée de Joseph marque le début de la réalisation de la promesse faite à Abraham: « Ta descendance sera étrangère dans un pays étranger mais ensuite, ils sortiront avec de grandes richesses ». Joseph est la cause apparente de la descente des Enfants d’Israël en Egypte d’où ils seront délivrés, préfiguration de l’exil et de la Rédemption finale.

"Sof maasé, bemahachava tehila" "l'action présente témoigne pour le projet initial". Yossef Hatsadik, par ses qualités exceptionnelles est le seul à même de donner naissance au Messie fils de Joseph (Machia’h ben Yossef) susceptible de montrer au peuple, le chemin de la sainteté et de la lumière, avant l’arrivée du Messie fils de David (Machia’h ben David), rédempteur d’Israël et de l’humanité.

Grand Rabbin Jacques Ouaknin.

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mercredi 21 novembre 2007

Paracha Vayichla'h : se justifier

De tout temps le peuple juif a eu des problèmes d’image de marque aux yeux des nations. Les médias ont toujours présenté le juif comme la source de tous les maux de ce monde à cause de ses prétendus défauts spécifiques. Cette désinformation n’a jamais atteint une telle ampleur avec un caractère aussi insidieux qu’aujourd’hui. Pour nous, la question est de savoir quelle attitude adopter devant la mauvaise foi des détracteurs d’Israël. Rien faire et laisser braire ? Notre silence ne risque-t-il pas de passer pour de la faiblesse ? Ou bien réagir, au risque de n’être ni entendu ni compris ?...

Après avoir subtilisé la bénédiction à Esaü, Jacob est obligé de fuir à Haran pour se soustraire à la revanche de son frère. Vingt ans ont passé et Jacob se prépare à rencontrer son frère. Jacob a peur et il est pris d’angoisse, peur d’être tué et angoisse d’avoir peut-être à tuer autrui. Jacob ne peut pas se fier à sa piété et il sent qu’il doit tout mettre en œuvre pour assurer lui-même son salut. Il prépare alors une triple défense au moyen du cadeau, de la prière, du combat. Ce comportement face à l’ennemi sera l’héritage spirituel que Jacob laissera à ses descendants. Tout au long des siècles, les Juifs ont agi à l’exemple de notre ancêtre Jacob, pour préserver leur vie.

Humilité

Comment expliquer le message que Jacob fait parvenir à son frère Esaü : « Ainsi parle ton serviteur Jacob… »

Habituellement, lorsqu’un homme se sent détesté, il évite tout contact avec son ennemi et ne cherche nullement à lui parler. A quoi bon se justifier, l'autre ne voudra pas entendre raison.

Jacob nous donne une grande leçon : la nécessité de se justifier, de faire les premiers pas pour tenter de se concilier son ennemi même s’il faut gagner ses bonnes grâces par quelques présents. Certes, il faut du courage, de l’humilité, de la patience, il faut aimer la vérité et avoir la volonté de dissiper tout malentendu. Le résultat d'une telle démarche n'est nullement certain, il peut même être interprété comme une marque de faiblesse mais notre devoir est d'essayer d’établir le contact. Personne ne pense que nos ennemis vont nous tendre la main et nous porter dans leur cœur parce que essayons nous entendre avec eux pour d’atteindre une situation de paix. A quoi servent alors nos motions après un attentat, nos défilés dans la rue après un acte d’antisémitisme, nos protestations, nos pétitions quand Israël est l’objet d'accusations mensongères... sinon pour nous justifier aux yeux de nos ennemis et à nos propres yeux, avec l’espoir que la vérité finira par triompher et éclater au grand jour. A quoi sert notre main tendue quand elle ne rencontre aucune autre main pour la saisir !

La prière

Il est certain que toutes les épreuves que traverse le peuple juif, quels que soient le lieu ou l’époque, ne sont pas l’effet du hasard. Toute notre histoire est celle de notre relation à notre Créateur. La prière est justement la preuve de notre reconnaissance de notre dépendance par rapport à Dieu. Jacob comprend que sans l’aide divine, toute entreprise humaine est vouée à l’échec.

La lutte

Le Midrach Tanhouma comprend ainsi le message de Jacob à Esaü à un autre niveau, celui du rapport des forces : « J’ai séjourné chez Laban le rusé et malgré ce fait, j’ai réussi à m’en sortir avec de grandes richesses ». La démarche de Jacob peut sembler un signe de faiblesse mais en fait, il s’agit d’un avertissement de Jacob à Esaü, une allusion à sa capacité de se battre, avec des armes si la situation l’exige.

Nous devrions tirer la leçon du comportement de notre ancêtre Jacob. Souvent, notre démarche pour nous réconcilier avec nos ennemis n’est pas couronnée de succès. Peut être que notre prière n’est pas suffisante ou pas assez sincère ! En tout cas cette démarche est toujours nécessaire même si elle est souvent mal comprise.

Grand Rabbin Jacques Ouaknin.

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