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Haazinou
Le ciel et la terre
Grand Rabbin Jacques Ouaknin
Moïse adresse son dernier message aux Enfants d’Israël dont il a été le guide durant quarante années cruciales de leur vie. Pourquoi fait-il alors appel aux cieux et à la terre en les interpellant ?
Rachi y voit un appel à témoins. Moïse n’est qu’un homme de chair et de sang dont les jours sont comptés. Qui pourrait alors prendre le relais pour rappeler les Enfants d’Israël à leurs devoirs ?
Dans
la Tradition juive, en effet, ce sont les témoins qui peuvent innocenter
le présumé coupable ou alors l’accabler, le faire condamner et lui jeter
la première
Il dépend donc de l’homme, couronnement de la Création, que cette création se réalise pleinement.
Cette
affirmation n’est-elle pas un blasphème à l’égard du Créateur ? Il
n’en est rien. En le créant, D.ieu a conféré à l’homme ce pouvoir de dominer
la nature. La Torah nous révèle ainsi que la création n’est pas l’effet
du hasard mais l’expression de la Volonté de D.ieu. C’est D.ieu qui commande
toutes les lois de la nature avec lesquelles Il a conclu un pacte en fonction
de la fidélité d’Israël. Le Prophète l’exprime clairement : Im lo bériti yomame
valayela, si mon Alliance ne d
« C’est pour moi que le monde est créé » peut s’exclamer chaque Juif ! Non pas dans un élan de triomphalisme mais dans un sursaut de prise de conscience de ses responsabilités. S’il obéit aux lois divines, le ciel donnera ses pluies et la terre son produit. Il ne peut pas se décharger sur le voisin en pensant qu’il existe assez d’êtres humains pour accomplir la tâche qui incombe à l’humanité, car D.ieu a pris la précaution de révéler dans le récit de la Création, le caractère unique de l’homme. Chacun doit se considérer comme seul au monde au regard de sa réalisation.
L’originalité du message divin contenu dans la Torah se réduit à ces deux termes : le ciel et la terre. Le ciel symbolise les préoccupations spirituelles et la terre, la vie active guidée par les Mitvoth. Ces deux dimensions sont inséparables et elles se complètent. En d’autres termes, le cœur juif ne suffit pas et la pratique religieuse vidée de son contenu ne permet pas à l’individu de se réaliser. Les différents courants issus du Judaïsme qui ont privilégié l’une des dimensions au détriment de l’autre, ne sont pas dans la ligne de la Torah telle que D.ieu l’a révélée à Israël. En interpellant le ciel et la terre, Moïse a voulu rappeler l’existence de cette voie royale tracée par la Torah, hors de laquelle on ne peut véritablement accéder à D.ieu. D’où l’importance des Mitsvoth dont la plupart sont liées à une action matérielle comme les Téphilines ou la Matsa de Pessah.
La vie est une symphonie qui ne peut être exécutée que grâce à un orchestre composé de musiciens jouant d’instruments de musique différents. Lorsqu’on assiste à un concert on voit des personnes munies d’instruments divers, indépendantes les unes des autres. Mais dès que l’on ferme les yeux pour entendre et écouter, quel ravissement et quelle harmonie pour l’oreille, le cœur et l’esprit. Telle est la Torah, avec ses diverses manifestations qui nous permet un tel ravissement.
Autre enseignement de Moïse en choisissant d’interpeller le ciel et la terre : Le ciel rappelle le trône divin situé dans les « Hauteurs », ce ciel qui dans le récit de la création s’est durci « en tremblant » suite à l’ordre divin et qui est devenu pour nous un exemple de stricte obéissance à la Volonté divine. La terre, de son côté, est un symbole de tout ce qui attend d’être fécondé, les yeux tournés vers le ciel d’où lui vient la pluie régénératrice. Ainsi notre cœur doit attendre d’être inondée par la parole divine. C’est ce que dit le Psalmiste « Je lève les yeux vers le ciel, d’où viendra mon secours ! Mon secours vient de D.ieu qui a fait les cieux et la terre » Psaume 121,2
La symbolique du ciel et de la terre choisie par Moïse n’est donc pas fortuite. Elle est la combinaison des propriétés du ciel et de la terre. La rédemption pour toute l’humanité ne viendra que lorsque la terre rejoindra le ciel. Le Maguen David en est le symbole. Formé de deux triangles équilatéraux, l’un représentant le monde tel qu’il est : la terre en bas, matérielle, le ciel en haut, spirituel et l’autre triangle la base en haut, représentant le monde accompli grâce à l’action de l’homme où toute chose matérielle est spiritualisée et où D.ieu manifeste sa présence en bas, sur la terre inondée de sa lumière.