Bonjour,
Je suis juif, pratiquant, et je me pose une question au sujet de la transmission et de l'évolution de la hala'ha à travers le temps.
Je n'arrive pas à comprendre pourquoi les règles fixées par des rabbanim ne peuvent être remises en cause par leurs successeurs, même lorsque ces règles étaient dépendantes d'un contexte qui n'existe plus (je pense notamment aux deux jours de yom tov en galout).
Cette impossibilité d'évolution me semble contraire au peu que je sais de l'esprit de la Torah dont on dit qu'elle n'est pas dans le Ciel.
De plus, le judaïsme étant la religion du questionnement et de la remise en cause, je n'arrive pas à comprendre en quoi remettre en cause des décisions purement conjoncturelles peut nuire à l'autorité et au respect dûs aux rabbanim qui en sont à l'origine.
Tous les systèmes juridiques existant permettent de casser les règles edictées si les raisons qui ont poussé leur promulgation disparaissent. Comment se fait-il que les rabbanim de notre époque n'ont pas ce pouvoir ?
Bonjour Monsieur,
La Tora est une loi vivante, conçue pour être pratiquée par les Hommes.
Dans le cadre des pouvoirs qui leurs sont données, les rabbins ont la possibilité d'édicter des lois, "Takanot". Celles-ci ont toujours été motivées par une raison solide, afin de créer un "rempart" devant un interdit de la Tora menacé de transgression: contexte historique particulier, évolution des mœurs …
Parfois nous connaissons les motivations des Rabbins, parfois pas. Parfois même, pour ne pas dire souvent, nous ne connaissons qu'une partie de ces motivations, les autres ayant été tenues confidentielles.
Sur le principe,
rien ne s'oppose à ce qu'un tribunal rabbinique remette en cause des décisions
prises antérieurement, à condition que, comme vous le dites, les raisons qui
ont poussées à leur promulgation aient disparues et que les membre du nouveau
tribunal rabbinique aient au moins la même compétence que leur prédécesseurs.
Ces
deux conditions sont rarement réunies.
Au sujet du deuxième jour de Yom Tov, la raison connue de l'institution rabbinique est la difficulté de transmettre, de par le monde (la "gola"), la déclaration faite, à Jérusalem, de la sanctification du nouveau mois. Cette déclaration, remplacée de nos jours par le calendrier sera réhabilité avec la construction de Troisième Temple. Or il existe encore des régions du monde où les moyens de communication sont encore inexistant. Et comme nous attendons chaque jour la construction de Troisième Temple, il nous faut être prêt. La Takana des Sages est donc encore d'actualité.
A Bientôt
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Rabbin Pierre Yves Bauer