Manger cacher
TU NE CUIRAS PAS LE CHEVREAU DANS LE LAIT DE SA MERE.
(Deut.ch.XIV, 21)

Trois fois

Contrairement à Rachi qui, dans Ex. XXIII,19 et XXXIV,26, et ici même, explique les trois endroits où revient cette défense conformément à la halakha, le midrach Tan'houmah, § 17, donne, au nom de Rabbi Isaac, les significations suivantes à la triple mention de ce verset: une fois elle concerne le sujet lui-même, une deuxième fois la leçon à en tirer, et la troisième fois la dîme qui suit immédiatement dans ce chapitre.

L'intimité de l'Alliance

Le sujet lui-même est expliqué dans la première mention de la défense. Car il est dit dans l'Exode, XXIII,19: " Tu ne cuiras pas le chevreau dans le lait de sa mère ", puis la Thora nous indique immédiatement: " Vois, j'envoie devant toi un messager pour veiller sur toi en chemin, et pour te conduire au lieu que J'ai préparé pour toi ". Nous avons développé dans le Commentaire de ce texte quel était le rapport entre ces termes, au nom du Zohar: " Garde-toi, semble vouloir dire la Thora, de faire intervenir un élément étranger tel que le chevreau, insigne d'Esaü, dans notre patrie spirituelle, qui est " l'alma mater ", la mère nourricière ;de notre vie. Car un amalgame de ce genre, poursuit l'Ecriture, provoquerait immanquablement une désaffection vis-à-vis de l'Alliance avec l'Eternel. Il ne la dénoncerait point; mais Il se contenterait &qut; d'envoyer Son ange ", c'est-à-dire de se faire représenter par l'un de Ses serviteurs. Cette intrusion d'un tiers élément dans l'intimité de l'Alliance constitue une réplique à l'introduction par Israël d'un élément externe dans l'esprit de l'Alliance. "

Abraham et les trois anges

Quant à la leçon à en tirer, il s'agit de la deuxième mention de cette défense dans l'Exode, XXXIV,26. Elle est suivie de l'ordre donné par Dieu à Moïse: " Consigne par écrit ces paroles; car c'est selon ces paroles que J'ai conclu une alliance avec toi et avec Israël."" Dieu avait dit aux trois anges qui s'étaient présentés auprès du Patriarche Abraham: " Lorsque le Patriarche vint vous offrir de la crème et du lait, puis le veau qu'on avait préparé (Gen. XVIII,8), vous n'avez pas même songé à vous laver les mains après avoir consommé la crème et le lait ! C'est pourtant une loi que chaque enfant en Israël connaît (Yoré Déah, 89,2). Qu'avez-vous fait de l'interdiction de manger le lait et la viande ensemble ? ". Or, lorsque l'heure sonna de la réception de la Thora, Moïse se vit dans l'obligatin de la défendre contre les objections des anges. L'Eternel dit alors à Moïse: " Souviens-toi de ce que Je t'ai dit au sujet des anges qui n'ont pas su quoi répondre à Mes reproches. Consigne par écrit ces paroles-là car ce n'est pas avec les anges, mais avec toi et avec Israël que J'ai conclu Mon alliance"" ('Ets Yossef).

Les dîmes

Le troisième endroit où la défense est citée se trouve être notre verset, et elle y figure en rapport avec l'obligation des dîmes. La signification en est décrite par Rachi en ces termes: Pourquoi juxtaposer ces deux sujets ? C'est que le Saint, Béni soit-Il, dit à Israël: " Ne Me contraignez pas à hâter la maturité des chevreaux, c'est-à-dire des fruits de la récolte, quand ils sont encore dans le sein maternel, c'est-à-dire dans l'épi, car si vous ne prélevez pas les dîmes convenablement, à l'approche de l'époque de la maturité, Je susciterai un vent qui les desséchera, comme il est dit (II Rois, XIX,26): "Le blé flétri avant de monter en épi "; et de même au sujet des prémices. "

La Loi Orale, apanage d'Israël

En ce qui concerne l'interprétation fournie pour la deuxième citation de la défense, il existe encore une autre explication. Elle fait état de ce que seule la cuisson d'un chevreau dans le lait de sa mère figure dans le texte. Il ne s'y trouve aucune allusion à la défense de consommer de la viande de n'importe quel animal dans du lait de n'importe quel autre animal; et surtout la stricte séparation exigée après un plat gras avant la consommation d'un plat maigre ou inversement, de même qu'entre leurs vaisselles respectives, ne se trouve pas davantage dans la Thora. Cette extension de la défense est due aux Sages d'Israël, qui l'ont déduite du texte d'eux-mêmes. C'est un des rares exemples de cette sorte parmi les prescriptions de la Thora. Nous avons, dans le Comm. Lévit. XVIII,17, développé ce sujet, et en avons montré les raisons profondes. Ici, le texte semble donner d'avance sonapprobation à l'oeuvre des Sages, puisqu'il poursuit, après la défense " de la cuisson d'un chevreau dans le lait de sa mère", que l'Eternel dit à Moïse: "Consigne par écrit ces paroles, car c'est selon ces paroles que J'ai conclu une alliance avec toi et avec Israël. " Dans le Comm. sur ce verset (Ex. XXXIV,27), nous avons montré qu'il se rapporte à la Loi Orale, apanage d'Israël. C'est pour elle que Dieu a conclu avc nous Son alliance. Nous savons gré à nos Sages d'avoir tiré au clair les profondes pensées inhérentes à la défense.

Extrait de
La voix de la Thora
du Rabbin Elie Munk,
(Les titres sont de viejuive.com)

ouvrage disponible dans notre librairie

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