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LA LÈPRE DES MAISONS


"Cherche ! Tu seras récompensé ! " est un principe qui a été dit aussi à propos de la lèpre des maisons.

La Torah dit à ce sujet : Lévitique 14, 33-53 :

"L'Eternel parla à Moïse et à Aharon en disant :

Lorsque vous serez arrivés au pays de Canaan que je vous donne en possession, si je frappe de la lèpre une maison au pays que vous posséderez ; son propriétaire viendra, il avertira le prêtre en disant : "comme une plaie m'est apparue dans la maison". Le prêtre ordonnera d'évacuer la maison avant qu'il ne vienne examiner la plaie ; ainsi, rien ne deviendra impur de ce qui s'y trouve. Après quoi, le prêtre viendra observer la maison. Et si, après examen, il constate sur les murs de la maison des dépressions verdâtres ou rougeâtres d'apparence plus affaissée que le mur. Le prêtre sortira de la maison, vers l'ouverture de la maison et fera fermer la maison sept jours. Le prêtre reviendra le septième jour, et s'il constate que la plaie s'est propagée dans les murs de la maison ; le prêtre ordonnera que l'on extraie les pierres attaquée par le mal et qu'on les jette en un lieu impur en dehors de la ville. Puis il fera racler la maison, à l'intérieur, tout autour. On répandra la poussière qu'ils ont raclée, en dehors de la ville, dans un lieu impur. On prendra d'autres pierres qu'on mettra à la place des pierres et un autre enduit pour crépir la maison.

Si le mal revient et prolifère dans la maison après l'enlèvement des pierres et après le raclage de la maison et après le crépissage, le prêtre reviendra l'examiner, s'il constate que le mal s'est développé, c'est une lèpre pernicieuse dans la maison; celle-ci est impure. On démolira la maison, ses pierres, ses bois et toute la poussière de la maison et on les fera sortir en dehors de la ville, en un lieu impur.

Quiconque entrera dans la maison, pendant tout le temps qu'on la tient fermée, sera impur jusqu'au soir. Quiconque y couchera devra nettoyer ses vêtements, et quiconque y mangera devra nettoyer ses vêtements.

Mais si le prêtre vient et constate que la plaie ne s'est pas développée dans la maison, après le crépissage de celle-ci, il déclarera pure la maison, car le mal est guéri.

Il prendra, pour purifier du péché la maison, deux oiseaux, du bois de cèdre, de l'écarlate de cochenille et de l'hysope. Il immolera l'un des oiseaux sur un pot d'argile au dessus d'une eau courante. Puis il prendra le bois de cèdre, l'hysope, l'écarlate de cochenille et l'oiseau vivant; il les immerge dans le sang de l'oiseau immolé et dans l'eau vive, puis il aspergera la maison sept fois. Il expiera le péché de la maison par le sang de l'oiseau, l'eau vive, l'oiseau vivant, le bois de cèdre, l'hysope et l'écarlate de cochenille. Il lâchera l'oiseau vivant hors de la ville, dans la campagne. Ainsi, il fera expiation sur la maison et celle-ci sera pure".

 

Remarquons tout d'abord que, contrairement aux deux études précédentes, celle-ci ne comporte aucune condamnation à mort. Ceci nous fait comprendre pourquoi Rabbi Yonatan n'a pas eu besoin de se mettre en deuil, comme il l'a fait pour le cas du fils dévoyé et celui de la ville idolâtre. Il n'est même pas intervenu dans la discussion. Lisons plutôt :

 

Sanhédrin 71a :

"Qui est l'auteur de cette Baraïta qui dit qu'il n'a jamais existé de maison lépreuse et que celle-ci n'existera jamais, et pourquoi le cas a-t-il été écrit ? - Cherche ! Tu seras récompensé !". Qui en est donc l'auteur?

- Rabbi El'azar fils de Rabbi Shim'on. Car on a enseigné[1]:

"Rabbi El'azar fils de Rabbi Shim'on dit : " La maison ne peut jamais être déclarée impure tant qu'on n'a pas remarqué (deux tâches) de la grosseur de deux grains sur deux pierres, dans deux murs dans un angle de la maison. La longueur de la plaie devra être de deux grains, et sa largeur, d'un grain.

- Quelle preuve, rabbi El'azar fils de Rabbi Shim'on avance-t-il ?

- Il est écrit : "quir" - "mur" (au singulier) et il est écrit "quirot" (au pluriel) (Lév. 14,37). Quel est le "mur" qui peut être considéré comme des "murs" ? Ce ne peut être qu'un angle formé par deux murs".

 

A propos de la longueur de la plaie, Rashi précise qu'il faut que l'une des pierres dans l'un des murs porte une moitié de la plaie, de la grosseur d'un grain, et que la deuxième pierre dans le deuxième mur porte l'autre moitié de la plaie.

 

Le texte du Talmud poursuit :

"On enseigne dans la Tossephta (Nega'im, ch. 6) : Rabbi Eli'ézèr fils de Rabbi Tsadoq a dit : "Il y avait un endroit dans la région de Gaza qu'on appelait "'Hourbata Saghirta" - "Ruine Lépreuse" (selon l'explication de Rashi).

Rabbi Shim'on de Kfar 'Acco a raconté : "Une fois, je suis allé en Galilée, et j'ai vu un endroit qu'on marquait d'un signe. (Je me suis renseigné) et on m'a dit qu'on avait apporté là des pierres lépreuses".

 

Dans ce texte aussi, nous constatons qu'il y a divergence quant à l'existence de la maison lépreuse. D'une part, Rabbi El'azar fils de Rabbi Shim'on prétend qu'une telle possibilité était exclue. D'autre part, Rabbi Eli'ézèr fils de Rabbi Tsadoq et Rabbi Shim'on de Kfar 'Acco prétendent qu'une telle maison a existé.

Il faut préciser tout de même, à l'endroit de ces derniers, que Rabbi Eliézer a seulement entendu parler de cette ruine lépreuse, tandis que Rabbi Shim'on a vu ces pierres qu'on marquait d'un signe, probablement pour empêcher les passants de les toucher et de se rendre impurs.

 

Au delà de ce problème de la lèpre des maisons, ce sont, nous semble-t-il, les questions de pureté et d'impureté dans la Bible et le Talmud et leurs causes qui doivent être étudiées.

 

Tout d'abord, rappelons que les lois de pureté et d'impureté relèvent de cette catégorie de Mitsvot appelées "'houquim" qui sont des lois irrationnelles et que nous observons parce que D.eu a ordonné de les observer[2].

Maïmonide, dans son Guide des Egarés (III, 35), explique sommairement les raisons de ces lois de pureté et d'impureté et dit : "Le but qu'avaient en général tous ces commandements, c'était qu'on s'abstînt, dans l'état d'impureté, de visiter le sanctuaire, afin qu'on fût pénétré de sa grandeur, et qu'il fût un objet de crainte et de respect, comme je l'exposerai".

En effet, plus loin, au chapitre 47, Maïmonide développe sa pensée:

"Nous avons déjà exposé que tout ce qu'on voulait obtenir par le sanctuaire, c'était qu'il produisît une impression sur celui qui viendrait le visiter, qu'il inspirât la crainte et le respect, comme il est dit (Lév. 19,30) : "et vous craindrez mon sanctuaire". Mais lorsqu'on aborde continuellement n'importe quel objet respectable, l'effet qu'il produit sur l'âme diminue, et l'impression qu'on en reçoit est moindre... C'est dans cette intention que D.eu défendit aux impurs d'entrer dans le Sanctuaire, et, les cas d'impureté étant très nombreux, on ne pouvait guère trouver que très rarement une personne pure... Tu sais d'ailleurs ce que disent les Sages (Mishna Yoma, III, 3) : "Aucune personne, fût-elle pure, ne doit entrer au parvis pour célébrer le culte avant de s'être baignée". Ces actes, donc, entretenaient le respect et servaient à produire l'impression qui devait conduire à la piété qu'on avait pour but".

Puis Maïmonide, citant le Siffra sur Lévitique 11,44, dit que la transgression des commandements est aussi appelée "impureté", souillure. Le Maître profite pour rappeler que cette expression est "employée à l'égard des commandements fondamentaux qui sont l'idolâtrie, l'inceste et l'assassinat".

 

Résumant sa pensée, Maïmonide dit : "On voit par conséquent que l'expression de Toum°a - "souillure" ou "impureté" est un homonyme qui se dit dans trois cas différents. Elle se dit :

1°. de la désobéissance et de la transgression des commandements en fait d'actions ou d'opinions ;

2°. des malpropretés et des souillures... ;

3°. de ces choses réputées (impures), je veux dire quand on touche ou porte telle chose, ou quand on se trouve sous le même toit avec telle chose"[3].

 

A propos des termes Touma et Tahara, nous proposons l'explication donnée à l'Ecole de Rabbi Ishma'ël et reprise par Nachman KROCHMAL[4] (1785-1840) :

"On a enseigné à l'Ecole de Rabbi Ishma'ël (Yoma 39b): le péché "bouche" le coeur de l'homme, car il est dit (Lev. 11,43) : "venitmétèm bam" : ne prononcez pas "venitmétèm" - "vous vous souillerez", mais "venitamtèm"- "vous serez bouchés".

Pour Nachman KROCHMAL, le mot "tohar" signifie aussi bien "pureté" que "limpidité", comme il est écrit (Ex. 24,10) : - "limpide comme la substance du ciel".

"La notion de Touma s'applique, dit Nachman KROCHMAL, à la matière grossière et trouble qui endurcit (le coeur) par sa matérialité et dans laquelle le spirituel ne s'y révèle guère au premier examen. Par contre, la notion de Tahara est le fait d'élever les choses matérielles à la spiritualité".

Cela explique l'importance que la Torah accorde à ces notions de pureté et d'impureté, et pourquoi elle leur consacre de si nombreux chapitres, particulièrement dans le Lécithine[5]. Cela explique aussi pourquoi des phénomènes qui, normalement, regèleraient du domaine médical, et par conséquent seraient du ressort du médecin, sont, et pour étrange que cela paraisse, du domaine religieux et relèvent de la compétence du prêtre.

Ces phénomènes particuliers sont des maux qui frappent l'homme aussi bien dans son corps que dans ses biens. Nous nous contenterons de citer ici ce que la Torah appelle Tsara'at, et qu'on traduit d'habitude, à tort ou à raison, par "lèpre", sans tenir compte des autres phénomènes.

Cette lèpre peut se manifester dans trois domaines.

Elle peut, soit attaquer le corps humain[6], soit attaquer les vêtements en laine, en lin ou en cuir ; elle peut enfin attaquer les murs des maisons.

 

Nos sages pourtant, ne sont pas tous d'accord sur le sens qu'il faut attribuer à ces phénomènes, particulièrement en ce qui concerne les plaies des tissus et des maisons. Certains ne veulent y voir qu'un phénomène naturel de moisissure et de pourriture. Ainsi, GERSONIDE[7] affirme : "La lèpre qui se manifeste dans ces choses (les tissus et les maisons) consiste dans une augmentation de l'humidité et de la chaleur externes au dépens de leur chaleur fondamentale, de telle sorte qu'ils progressent vers l'usure et la détérioration par le fait de la liquéfaction de leur humidité... Or, on sait que la couleur qui révèle de tels processus de moisissure, est le vert ou le rouge qui dominent là où il y a des moisissures, comme les eaux de fumier".

ABRABANEL rejette cette thèse de Gersonide et déclare en substance : "La plaie des maisons ne doit pas être considérée comme un phénomène naturel comme pense Gersonide... Il s'agit en réalité, ici, - comme les versets le prouvent, d'un phénomène providentiel et miraculeux auquel la science médicale ne peut rien. C'est pourquoi d'ailleurs, le texte sur la plaie des maisons suit immédiatement celui du traitement de la lèpre chez l'homme, traitement qui n'a rien de médical, mais relève du surnaturel. C'est pour nous dire que le phénomène des plaies des maisons est aussi une manifestation de la Providence Divine".

 

Rabbi Samson Raphaël HIRSCH[8] va aussi à l'encontre de la thèse de Gersonide et attire l'attention sur le verset 36 (Lev.ch. 14) qui "se porte en faux contre cette thèse : "Et le prêtre ordonnera que l'on débarrasse la maison, avant que le prêtre vienne pour voir la plaie - ainsi, il ne rendra pas impur tout ce qui est dans la maison. Et après cela, le prêtre viendra voir la maison". Or, fait remarquer S.R. Hirsch, si le but de tous ces préceptes et de toutes ces règles était d'empêcher la propagation du mal, il serait indispensable de considérer comme impurs tous les objets de la maison qui sont entrés en contact avec les agents de transmissions des plaies, de la pourriture, de la moisissure".

 

D'autres exégètes -la plupart en réalité- refusent de voir dans la lèpre des maisons un phénomène naturel de pourriture.

Maïmonide, après avoir exposé toutes les règles concernant la lèpre en général, dit[9] :

"Cette modifications dans les tissus et les maisons que la Torah désigne sous le nom de lèpre, n'est pas un phénomène normal, mais c'est un signe et un prodige suscité en Israël afin de mettre le peuple en garde contre la médisance, car celui qui médit de son prochain, les murs de sa maison se modifient".

Le Maître reprend le même thème dans le Guide des Egarés III, 47 :

"Quant à l'impureté de la lèpre, nous en avons déjà exposé la signification. Les Docteurs aussi l'ont exposée et nous ont fait savoir qu'on a posé en principe que cette maladie est un châtiment pour punir de la médisance".

 

Nahmanide dit à propos du verset 47, chapitre 13 du Lévitique : "Le vêtement qui portera une plaie de lèpre..." : "Cette affaire n'est ni naturelle ni normale, pas plus que les plaies des maisons. C'est que quand les enfants d'Israël sont parfaits à l'égard de D.eu, l'esprit divin plane sur eux... Mais quand il se produit chez l'un d'eux un péché ou une faute, il se forme une laideur dans sa chair ou dans son vêtement, ou dans sa maison, pour qu'il voie que l'Eternel s'est écarté de lui".

 

D'autres exégètes encore sont du même avis, et considèrent ces plaies comme une mise en garde contre les fautes, et une incitation à les réparer. Plus encore, elles sont considérées comme une faveur du Ciel. Ainsi, Rabbi Yehoudah dit (Sifra sur Lev. 14,34) : "Je mettrai une plaie de lèpre", c'est l'annonce d'une bonne nouvelle que des plaies leur seront envoyées". Rashi, reprenant cette sentence de Rabbi Yehoudah, ajoute : "car les Emoréens avaient enfoui des trésors d'or dans les murs de leurs maisons, durant les quarante années que les enfants d'Israël avaient passé dans le désert, et grâce à la plaie (de lèpre), la maison sera détruite et son occupant israélite découvrira ces trésors".

 

Ainsi, le sens de ces miracles va dans deux directions différentes et apparemment contradictoires : l'une est toute spirituelle et l'autre semble être d'ordre matérielle. Nous verrons plus loin comment certains interprètent cette parole de Rashi puisée dans le Midrash Vayiqra Rabba, XVII, 6.

 

Presque tous les commentateurs considèrent que la lèpre est un châtiment qui frappe ceux qui médisent du prochain.

Rabbi El'azar ben Pedath dit : "Le Saint-Béni-Soit-Il s'est imposé la règle suivante : tout celui qui médit sera frappé de lèpre. D'où apprenons-nous cela ? - Il est écrit : - "Voici ce que sera la loi du lépreux. Il ne faut pas lire "metsora'" - "lépreux", mais "Motsi ra'" - "médisant".

C'est ainsi que l'on explique la lèpre qui avait frappé Moïse dans sa main. Moïse, en effet, avait médit du peuple en affirmant : "ils ne me croiront pas"(Ex. 4,1).
C'est également ainsi que l'on explique la lèpre qui avait frappé Myriam pour avoir médit de son frère Moïse  (Nom. 12, 1-16).

Le péché de médisance est considéré comme tellement grave que les Sages affirment : "A propos de celui qui médit, le Saint-Béni-Soit-Il déclare : Je ne peux pas résider avec lui dans le monde, comme il est dit (Ps.101,5) : "Quiconque, dans l'ombre, calomnie son prochain... Je ne puis le supporter" (Sota, 5a ; 'Arakhin, 15b,16a).

Le Talmud précise : "Le décret d'extermination de nos pères dans le désert n'a été scellé qu'à cause de la médisance" ('Arakhin, 15a).

"Rav 'Hisda dit au nom de Mar 'Oqba : Celui qui médit, le Saint-Béni-Soit-Il dit à son propos au préposé au Guéhinam (l'Enfer): "Moi, Je l'attaquerai d'En-Haut, et toi tu l'attaqueras d'En-Bas" ('Arakhin, 15b).

 

On trouve, toujours dans la même page du Talmud, cette sentence enseignée à l'Ecole de Rabbi Ishma'ël : "Le péché de celui qui médit est aussi grand que les trois fautes les plus graves réunies : l'idolâtrie, l'inceste et l'assassinat... En Occident - Eretz Israël - on ajoute : la médisance fait trois victimes : celui qui médit, celui qui entend la médisance et celui de qui l'on médit.

Rabbi 'Hama fils de Rabbi 'Hanina dit : Que signifie ce verset : "La mort et la vie sont entre les mains de la langue" ? - De même que la main tue, la médisance aussi tue!".

 

Les textes se rapportant à la médisance et à ses méfaits se retrouvent partout, aussi bien dans la littérature talmudique et rabbinique que dans les traités de morale juive.

De ces derniers, nous ne citerons qu'un court passage tiré de "Sha'arei Teshouva" - "Les Portes de la Pénitence" de Rabbi Yona de Gérone, Maître espagnol du 13ème siècle, Troisième Porte, paragraphe 208 :

"Pour une autre raison, la mauvaise langue a été comparée à une flèche. Celui qui dégaine une épée peut, sur les supplications de celui qu'il veut tuer, la rengainer, tandis que le tireur de la flèche n'a pas le pouvoir de ramener sa flèche. Il en va de même de celui qui médit. Une fois que la parole a été prononcée, on ne peut plus réparer le tort qu'elle a causé".

L'auteur ajoute dans le paragraphe suivant : "La médisance amène celui qui la fait à parler méchamment aussi de D.eu"[10].

 

Pourtant, ce châtiment terrible qu'est la lèpre, ne frappe pas l'homme immédiatement dans sa personne. Tous les commentateurs s'accordent pour reconnaître la justesse de la remarque du Midrash Tan'houma (Section Metsora', 4). Cette remarque est ainsi résumée par Maïmonide dans le Guide des Egarés, III, 47 :

"D'abord, cette altération se fait remarquer dans les murs. Si l'homme se repent, le but est atteint ; mais s'il continue à pécher, l'altération s'étend à son lit et aux ustensiles de sa maison et s'il persiste encore dans son péché, elle s'étend à ses vêtements et ensuite à son corps".

Maïmonide ajoute : "C'était un miracle qui se perpétuait dans la nation comme celui des eaux amères de la femme soupçonnée d'adultère (Cf. Nomb. 5, 11-31). "Il faut entendre par cette remarque, note Salomon MUNK qui a traduit le Guide des Egarés en français (page 394, note 2), que la lèpre des maisons et des étoffes, et par suite des personnes, était quelque chose de miraculeux et de providentiel de même que l'effet produit par l'eau qu'on donnait à boire à la femme soupçonnée d'adultère".

 

Un tel châtiment préventif, avant que le mal s'enracine, sous forme de miracle et d'intervention providentielle ne peut être considéré que comme la manifestation de l'amour de D.eu pour Son peuple tel un père punissant son fils pour lui éviter des déboires et des châtiments plus graves.

C'est ce qui ressort du texte du Midrash Tan'houma résumé par Maïmonide. C'est aussi dans ce sens qu'il faut entendre la sentence de Rabbi Yehoudah dans le Sifra que nous avons cité plus haut : "C'est la promesse de leur envoyer des plaies" (Sifra Lev. 14,34).

Malbim rattache cette sentence à ce qui a été dit à propos de David : "Je serai pour lui un père et lui sera pour moi un fils ; que s'il vient à forfaire, Je ne le châtierai qu'à la façon des hommes et par des plaies tout humaines" (II Sam. 7,14).

 

Ainsi, il est donné à l'homme la possibilité de regretter ses péchés et de faire retour, pénitence.

 

Malheureusement, dit Rabbi El'azar fils de Rabbi Shim'on, "la maison lépreuse n'a jamais existé". Ce chapitre de la plaie des maisons, dit-il, n'a été écrit que pour être étudié et qu'on en soit récompensé.

De cet enseignement, nous en avons vu une partie, à savoir, d'une part, la gravité de la médisance, et, d'autre part, que le peuple d'Israël ne vit pas seulement selon des lois naturelles et humaines, mais selon aussi des lois divines. Ses joies et ses malheurs sont la récompense ou le châtiment envoyés par D.eu.

Mais c'est aussi l'enseignement de l'espérance, car même lorsque le peuple aura péché, le châtiment ne sera pas à la mesure du péché. D.eu agira non comme un roi mais comme un père.

 

Il faut préciser que cet enseignement moral que Rabbi El'azar fils de Rabbi Shim'on nous convie à tirer, concerne la vie privée et publique de l'individu comme de la collectivité.

Pour Rabbi Moshèh ALSHEIKH[11] par exemple, "le premier enseignement du chapitre sur la lèpre des maisons est que chacun doit être attentif à l'apparition d'une brèche dans l'enceinte de la cité, car quand la société est "atteinte", même par une plaie bénigne, celle-ci risque de "s'étendre"; aussi, dès qu'elle apparaît, celui qui l'a aperçue doit dénoncer le mal : "comme une plaie est apparue dans la maison". Mais il faut sans désemparer, nous indique la Torah, examiner la nature de la plaie. Car, s'il néglige de débarrasser la société de l'impureté, du vice, ils se répandront dans toute la maison. Et si, au bout de huit jours de fermeture, la plaie a encore gagné, il ne nous reste plus qu'à arracher de la société les racines du mal. Toutefois, il y a aussi un degré de corruption et de perversion qu'aucun remède local limité ne saurait corriger. Dans ce cas, il convient de faire comme nous l'indique le verset : "Et il démolira la maison, ses pierres et ses bois, et toute la terre de la maison, et il fera sortir vers l'extérieur de la ville, vers un endroit impur" (Lev. 14,45).

Nehama Leibowitz ajoute : "Alsheikh nous rappelle à ce propos que le prophète Jérémie a reçu l'ordre d'annoncer la destruction et la démolition avant de pouvoir relever et reconstruire la maison : "Vois, Je t'ai proposé ce jour aux nations et aux royaumes, pour arracher et pour démolir, pour faire périr et pour détruire, pour construire et pour planter (Jér. 1,10)".

 

Un autre enseignement est celui que donne ABRABANEL :

".... La plaie de lèpre est une allusion aux idoles qu'ils serviront. D.eu a ordonné la démolition de la maison à cause de la lèpre pour leur signifier que leur Temple, objet de leur orgueil, sera détruit à cause de leurs péchés".

En réalité, cette interprétation est développée dans le Midrash Vayiqra Rabba, XVII, 7, ainsi :

"Dans une maison du pays de votre domaine" - il s'agit du Temple, comme il est dit : "Je vais profaner mon sanctuaire, votre orgueil et votre force" (Ez. 24, 21) ;

"Celui à qui appartient la maison" - c'est le Saint-Béni-Soit-Il... :

"Il dira au prêtre" - c'est Jérémie... ;

"Comme une plaie m'est apparue dans la maison" - c'est l'impureté des idoles, et selon d'autres, il s'agit de la statue de Manassé... Rabbi Berékhia dit : il est écrit : "Trop courte sera la couche pour s'y étendre" (Is. 28, 20) - la couche ne peut pas recevoir en même temps la femme, son mari et son amant ; mais "trop étroite est la couverture pour s'y envelopper" (id.) - c'est-à-dire que vous avez donné une rivale grande à celui à propos de qui il est écrit (Ps. 33,7) : " Il amoncelle comme une digue les eaux de la mer"[12] ;

"Le prêtre ordonnera que l'on vide la maison" - (et il est écrit (I Rois 14,26) : "Il[13] prit les trésors de la maison de D.eu" ;

"Il démolira la maison" - (et il est écrit) : "il renversa le Temple" (Ezra, 5,12) ;

"Il les fera sortir en dehors du camp" - (et il est écrit) : "Il a exilé Son peuple en Babel" (id).

Est-il possible que ce soit définitivement ? - Il est enseigné : "on prendra d'autres pierres", et il est dit : "Mais ainsi a parlé le Seigneur, l'Eternel : Vois, Je vais dans Sion, ériger une pierre de fondation, une précieuse pierre d'angle solidement fixée...".

 

Les versets 39 à 53 de ce chapitre qui reprennent avec quelques variantes le traitement administré aux lépreux et l'appliquent à la lèpre des maisons sont admirablement interprétés par Rabbi 'Hyyim Ben 'Attar dans son commentaire, Or ha'Hayyim.

Rattachant ce passage à l'exil d'Israël et à leur délivrance, Or ha'Hayyim dit entre autre :

" Le lépreux", c'est Israël qui s'est souillé par les péchés et a été frappé de souffrance... ;" le prêtre", c'est le Saint-Béni-Soit-Il qui est appelé prêtre comme c'est rapporté dans le Zohar ;

"deux oiseaux", ce sont les messies, le Messie fils de Joseph et le Messie fils de David ;

"le bois de cèdre", c'est le mérite d'Abraham... ;

"le rouge de cochenille" - le mérite de Jacob ;

"et l'hysope", c'est le mérite d'Isaac...

"Il immolera l'un des oiseaux", c'est l'assassinat du Messie fils de Joseph en expiation ;

"dans un pot d'argile", ce sont les humbles d'Israël ;

"sur de l'eau vive", à cause du péché de ne pas s'être occupé de Torah qui a été comparée à l'eau.

"L'oiseau vivant", c'est le mérite du Messie fils de David ;

"Il prendra le bois de cèdre et le rouge de cochenille et l'hysope", c'est-à-dire que D.eu réunira le mérite des trois Patriarches ; grâce à cela, il pardonnera à Israël.

"Il les trempera dans le sang de l'oiseau immolé", symbole du Messie fils de Joseph immolé ;

"Il lâchera l'oiseau vivant hors de la ville", il s'agit de la Royauté de la Maison de David qui s'étendra dans le monde...

"et il sera pur", d'une deuxième pureté pour la rapprocher de la sainteté".

La Torah a choisi le bois de cèdre car c'est l'arbre le plus grand et le plus beau de la forêt. Que donc celui qui a fait montre d'orgueil et s'est considéré comme un cèdre, se rabaisse comme le ver de terre et l'hysope. (Cf. Rachi, Lév. 14,4).

Voyons, à présent, l'interprétation de Rashi qui assure que la bonne nouvelle concerne les trésors cachés des Emoréens. Il nous semble qu'il faut éviter de dissocier les trésors des plaies. En effet, celui dont toutes les forces et l'esprit ne tendent que vers des trésors que d'autres ont cachés, risque, comme dit Rav Ben Sion FIRER, de manquer de zèle pour le travail réel.

Qu'arriverait-il, si tout un peuple s'adonnait à ce genre d'occupation ? Chacun verrait partout des plaies sur les murs, et tout un peuple risque d'être contaminé par ce mal de la démolition. C'est pourquoi, le prêtre lui-même ne peut pas décréter dès le premier jour qu'il y a plaie et ordonner la démolition. Le temps est laissé aux propriétaires de réfléchir aux conséquences d'une démolition sans bénéfice, car malgré la promesse divine, l'homme pourrait ne pas mériter un tel trésor.

Quant à l'affirmation de Rabbi El'azar fils de Rabbi Shim'on qui assure que la plaie des maisons n'a jamais existé, peut-être faut-il comprendre que le peuple n'a jamais mérité une faveur pareille, tant sur le plan matériel que sur le plan spirituel et moral. Ou que, si la maison lépreuse représente Jérusalem pécheresse, les avertissements des prophètes n'étaient peut-être pas suffisants pour que la destruction survienne si tôt. Ou alors que la conduite du peuple n'a plus permis qu'il soit averti d'abord, comme ce fut le cas de Sodome. Ce qui faisait dire au Prophète : "Nous étions comme Sodome, à Gomorrhe, nous ressemblions !" (Is.1,9).

Si nous suivons ce raisonnement, nous en déduirons que Rabbi Eli'ézèr fils de Rabbi Tsadoq et Rabbi Shim'on de Kfar 'Acco considéraient que les avertissements au peuple ont bien eu lieu et que le peuple n'a pas toujours démérité. Au contraire, il s'est trouvé un moment ou un autre où les plaies des maisons ont fait des heureux.

 

Il nous reste, comme nous l'avons fait pour la ville égarée, à considérer le problème de Jérusalem.

 

"On a enseigné, dit le Talmud, qu'il est écrit "votre domaine" : "votre domaine" devient impur par les plaies, mais non point Jérusalem... Car Jérusalem n'a pas fait l'objet d'un partage entre les tribus" (Yoma 12a ; Meg. 26a).

 

"On a enseigné : est-il possible que les maisons de prière et les maisons d'étude soient rendues impures par les plaies ? - Il est dit : "Celui à qui appartient la maison viendra" ou, en d'autres termes - celui pour qui la maison est domaine privé. Cela ne concerne donc pas les maisons d'étude et de prière qui ne sont la propriété privée de personne" (Yoma 11b).

 

Rav Ben Sion Firer, section Metsora' explique que si la lèpre des maisons peut être bénéfique pour l'individu, elle devient grave pour tout un peuple, surtout lorsque ce peuple est Israël. Car la mission d'Israël dans le monde n'est pas d'accumuler des richesses matérielles, mais d'être une lumière pour les nations. Son rôle consiste à laisser en héritage à ses enfants la Torah et les Mitsvot, non les richesses et les trésors matériels.

 

Jérusalem qui n'a pas été partagée aux tribus appartient par conséquent à tout le peuple, et, de ce fait, risque d'être l'objet d'une ruée vers l'or qui, comme toujours, entraîne dans son sillage la démolition et les luttes mesquines et matérielles. Il en va de même pour les maisons de prière et les maisons d'étude qui doivent être des lieux où l'on recherche la sainteté et non l'or. Dans un lieu pareil, dit B.S. Firer, il faut renvoyer le penchant du mal même lorsqu'il est "très bien"[14]. C'est ce que dit le Talmud (Qiddoushin, 30b) : "Mon fils, si tu rencontres ce malpropre (c'est-à-dire :Satan), entraîne-le à la maison d'étude. Si c'est une pierre, il fondra, si c'est du fer, il se fracassera". Le penchant du mal n'a donc pas de place dans la maison d'étude. Et, ajoute-t-il avec une pointe d'humour, celui qui, pour de l'or, est prêt à démolir les murs des maisons d'étude et des maisons de prière, ne mérite pas de tels trésors.

 

Nous pouvons tirer de l'étude de ces trois Mitsvot, qu'elles aient effectivement existé ou non, que leur enseignement est toujours valable. Et ce, à tous les niveaux. Nous pouvons même dire que les trois cas s'imbriquent l'un dans l'autre, car l'un entraîne l'autre et l'un peut être la conséquence de l'autre.

 

En effet, dans une maison lépreuse, c'est-à-dire une maison où l'harmonie est absente, où l'éducation des enfants est délaissée - et c'est encore un autre enseignement que nous pouvons tirer, dans une telle maison, ne peuvent grandir que des enfants rebelles et désobéissants qui deviennent des dangers permanents pour la société et risquent de miner ses fondements. Une société pareille finit par être la proie des mauvais garçons, une société d'où toute notion morale risque de disparaître, une société où le crime est roi. C'est la destruction de cette société. C'est aussi la démolition de la maison lépreuse, c'est-à-dire du foyer dont les soubassements sont minés par les plaies, emportant le fils, rebelle ou innocent.

 

Etudie ! Tu seras récompensé ! C'est certainement la règle d'or lorsqu'on veut construire une société juste, des foyers heureux et des enfants en mesure d'être des hommes et des femmes utiles à eux-mêmes, à leurs familles et à leur société.



[1]. Sanh. 87b ; Nidda 19a ; Mishna Nega'im 12,3.

[2]. Cf. supra : Les Mitsvot, p. 28 et ss.

[3]. Un cadavre, par exemple.

[4]. Moréh Nevoukhei haZemane in Kitvei Rabbi Nachman Krochmal, Edition de Simon RAWIDOWICZ, 1961, p. 32.

[5]. Il faut cependant savoir que pureté n'est pas synonyme de sainteté, mais elle prépare à la sainteté. Cf. A. NEHER, L'Essence du Prophétisme, pp. 158-159.

[6]. Nous suivons ici l'ordre donné par la Torah même.

[7]. Rabbi Lévy ben Gueshon, 14ème siècle. Cité par ABRABANEL, Lev. 13,47.

[8]. Cité par Néhama LEIBOWITZ dans son "cours En Méditant la Sidra, 3ème série. Section Metsora'. Traduction de Moché Katane.

[9]. Mishné Torah, Règles sur les Impuretés et les Puretés, ch.16, par.10.

[10]. Cf. aussi Le Sentier de Rectitude, Ch. XI, de Rabbi Moshèh 'Hayyim LUZZATO (1707-1747).

[11]. Cité par Néhama Leibowitz in En Méditant la Sidra, Section Metsora'. Op. cit.

[12]. Voir le Midrash rapporté  ci-dessus p. 79.

[13]. Il s'agit de Shishaq, roi d'Egypte à l'époque de Roboam fils de Salomon.

[14]. Il fait allusion, ici, à l'interprétation des Sages concernant le verset (Gen. 1,31) qui dit à propos de la création de ADAM  - "et voici qu'il était très bien" :  "Voici qu'il est très bien", c'est le penchant du bien ; "et" voici qu'il est très bien  - c'est le penchant du mal".


Réalité et allégorie dans la Bible - Rabbin Raphaël PEREZ