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EPILOGUE

Rédemption et Messianisme

Nous avons vu comment le fils rebelle, la maison lépreuse et la ville égarée formaient un triptyque dans lequel chaque volet est attaché à l'autre, et comment la vie ou la mort de l'individu, de la famille ou de la nation sont étroitement liées l'une à l'autre. Nous avons vu aussi que ces trois cas n'ont jamais existé et n'auront jamais lieu. C'est une affirmation dont nous ne pouvons que nous féliciter si l'on transposait ces cas sur un plan plus mystique.

Nous avons en effet étudié ce texte du Zohar[1] qui voyait en le peuple d'Israël le fils auquel le texte biblique fait allusion. Israël est le fils aîné de D.eu, celui pour qui le père souffre chaque fois qu'il est dans la détresse : "Dans toutes leurs détresses, Il a souffert avec eux, Sa Présence tutélaire les a protégés"[2].

Le père souffre chaque fois que son fils commet une faute. Il le punit mais sa douleur est plus grande encore. Et pourtant, le fils ne mérite pas cette douleur du père, ni son amour. Le fils mérite la mort, mais le père, parce qu'il est le père, ne peut le faire condamner. Non ! D.eu ne peut pas se résoudre à exterminer Son peuple, quand bien même celui-ci aura mérité cent fois la mort.

La maison lépreuse, quant à elle, est la Maison de D.eu. Celle où Il réside, celle qu'il a détruite...  Détruite ! disons-nous. Non !  Pas tout à fait !  Car, en vérité, la maison déclarée lépreuse doit être entièrement démolie, ses murs, ses pierres, ses bois et toute la terre.   Tout, absolument tout, doit être transporté en dehors de la ville. Rien ne doit subsister à son emplacement. En a-t-il été de même pour le Temple ? Non ! Nous ne le pensons pas !  Si la Maison a été détruite, quelque chose est resté debout, contrairement à la loi de démolition de la maison lépreuse. Quelque chose qui ne tombera jamais aussi :  le Kotel, le Mur, le fameux Mur Occidental qui résiste à l'histoire et aux drames. D.eu Lui-même ne quitte pas le Mur. Sa Présence y est toujours. D.eu n'a pas construit une autre maison et ne s'est abrité nulle part ailleurs. Mais si la Shekhina, la Présence divine, est toujours sur le Mur, Elle est aussi en exil.

"Ouvre-moi ma soeur, ma compagne, ma colombe, mon amie accomplie, car ma tête est couverte de rosée"[3]. Que veut dire "ma tête couverte de rosée" ?  - D.eu dit ( à Israël, Sa compagne) :

- Tu crois que depuis le jour où le Temple fut détruit, Je suis entré dans Ma Maison ou dans un autre lieu habité ?!  Non point ! Et Je n'y entrerai point tant que tu seras en exil. En voici la preuve. Regarde ! Ma tête est pleine de rosée ! C'est la Shekhina qui est en exil"[4].

D.eu, dans ce très beau texte, parle de Sa Maison. Il doit s'agir du Temple céleste, pendant du Temple terrestre de Jérusalem. A moins que ce ne soit l'expression affirmée de la pérennité d'Israël et de sa Torah, la réponse à ceux qui ont parlé de caducité à propos de l'Alliance d'Israël avec son D.eu, ou même de caducité de l'Alliance d'Israël avec sa Terre.

Enfin, il ne s'est jamais trouvé une ville condamnée pour idolâtrie et ses habitants exterminés. Jamais Jérusalem ne s'est vidée de ses enfants. Des Juifs ont toujours vécu à Jérusalem. Toujours, il s'est trouvé des "Gardiens de la Cité". Car le lien entre les Juifs et Jérusalem est plus qu'un lien national, c'est un lien mystique. Les Juif, même ceux de l'exil, surtout ceux de l'exil, sont restés toujours attachés à la Terre d'Israël, et plus encore à Jérusalem, la Ville Sainte, la Ville de D.eu.

Nombreux sont les versets qui décrivent l'amour de D.eu et de Jérusalem. Jérusalem, la femme aimée de D.eu, celle qu'Il fustige et console à la fois, celle qu'Il répudie, et qu'Il reprend l'instant d'après.

Le Fils aîné de D.eu, la Maison de D.eu, La Ville de D.eu !

Comment D.eu peut-Il à la fois tuer Son fils, anéantir, jusqu'à la dernière pierre, Sa Maison et Sa Ville, et, dans le même temps, leur vouer un amour aussi fort et aussi constant ?

En dehors du lien qui existe entre D.eu et Ses trois amours, il existe aussi un lien mystique entre le Peuple d'Israël, le Temple de Jérusalem et la Terre d'Israël, dont Jérusalem est la capitale. C'est pourquoi, l'espoir de retrouver un jour sa Terre et son Temple n'a jamais quitté le Peuple d'Israël.  " L'an prochain à Jérusalem ! " prient les Juifs du monde entier depuis deux mille ans.

"Hisse le drapeau du rassemblement des exilés et rassemble-nous... dans notre terre ".

"... Reconstruis Jérusalem... ".

"...  Ramène le culte dans le Devir, le Saint des Saints, de Ta demeure ".

Ce sont là quelques extraits de la prière que récite le Juif trois fois par jour, debout en direction de Jérusalem et du Temple.

Lien d'amour entre D.eu et Jérusalem. Lien d'amour entre Israël et Jérusalem.  Jérusalem, lieu de rencontre de deux amours, non pas contradictoires mais complémentaires. Lieu de rencontre et lien d'amour entre D.eu-Père et Israël-Fils.

Jérusalem, et d'une façon générale la Terre, devient alors l'épouse et la mère. Celle qui relie et protège en même temps.  

"La terre fera pardonner (ses fautes) au peuple". (Deut. 32,43).

Rédemption du peuple. Rédemption de la terre. Rédemption du peuple par la terre et rédemption de la terre par le peuple qui, après des siècles de souffrances, revient rédimer la terre. Et se rédimer.

Israël souffrant. Job souffrant. Le deuxième n'est-il pas l'incarnation du premier ?  Le fils qui se révolte contre son père, n'est-ce pas Israël-Job qui crie sa souffrance et sa révolte contre D.eu qui se cache et reste muet ?

Martin Buber[5] dit que le destin de Job n'est pas le destin d'un homme mais celui d'un peuple. "Lorsque Job crie "Le Tout-Puissant me livre à des écervelés; Il me jette en proie aux mains des méchants"[6], ce n'est pas l'écho des souffrances d'un individu qu'on entend, mais le grondement douloureux des exilés.... La question de Job est posée au monde comme étant celle de toute une génération en raison de son destin historique. Même derrière ce "moi", devenu si personnel avec une telle intensité, se tient le "moi" d'Israël "[7].

Job pleure, se lamente, crie sa révolte à la face de D.eu, mais à la fin, il se voit restauré dans sa santé, ses biens, sa famille, ses amis. Tout comme lui, Israël se verra restauré sur sa terre, dans son indépendance et sa souveraineté nationales.

Israël qui criait : "Nos os se sont desséchés", retrouvera une nouvelle sève faite d'un amour redécouvert, faite aussi de Torah et de Mitzvot[8], et dont le centre et le point de départ sera Sion :  "Car de Sion sortira la Torah, et la parole de l'Eternel de Jérusalem"[9] affirme le prophète. Et c'est toujours la même Jérusalem, la même femme aimée, l'épouse infidèle, prostituée, que le que D.eu aime encore, et à laquelle il est prêt à pardonner. Encore et toujours !

La restauration aura lieu pour tous : pour le fils rebelle-Israël-Job,  pour les Ossements Desséchés qui ont favorisé l'infiltration de la lèpre dans le Temple, ainsi que pour la Femme-Terre d'Israël-Jérusalem qui fut infidèle à son Epoux-D.eu.

Nous avons tenté de trouver un lien entre les différents éléments de chaque groupe, celui des Mitzvoth et celui des récits, et entre les groupes eux-mêmes. Avons-nous réussi et dans quelle mesure ?

Quoiqu'il en soit, il existe un lien, un autre.

Le fait que trois Mitzvoth ordonnant la destruction d'un individu ou d'une collectivité aient échappé à leur propre application, laisse apparaître  au sein du peuple juif le soucis de préserver la vie humaine, et de favoriser une pénitence. Plus ! Une rédemption !

Quant aux récits, nous retrouvons le thème de la rédemption chez Job.  Rédemption par la prière qu'il fait pour ses amis[10], tout comme Abraham avait prié pour Abimélèkh[11], tout comme Israël faisait, à l'époque du Temple, des sacrifices et des prières pour les nations et pour la paix entre ces dernières, lors de la fête de Souccoth.

Dans le mariage d'Osée et dans les Ossements Desséchés, le messianisme apparait comme une toile de fond. Comment pouvait-il en être autrement ? Le Messianisme n'est-il pas la rédemption d'Israël et de l'humanité et l'époque où enfin "la terre sera pleine de la connaissance de l'Eternel, comme les eaux emplissent la mer"[12] Aussi, nous allons esquisser une courte étude sur le messianisme. Mais ce ne sera qu'une esquisse, puisqu'il existe d'excellents ouvrages  sur le sujet.


REDEMPTION ET MESSIANISME

"Et pourtant, même alors, quand ils se trouveront relégués dans le pays de leurs ennemis, Je ne les aurai ni dédaignés ni repoussés au point de les anéantir, de dissoudre Mon alliance avec eux, car Je suis l'Eternel leur D.eu"[13].

"L'Eternel ton D.eu, te prenant en pitié, mettra un terme à ton exil, et Il te rassemblera du sein des peuples parmi lesquels Il t'aura dispersé"[14].

Le mystère des relations de D.eu et d'Israël est aussi dans le paradoxe de la répudiation sans rupture. L'époux renvoie la femme infidèle et la suit sur le chemin de l'exil, pas à pas, guettant ses gestes. Un signe, une parole, une larme de regret, et l'époux courroucé mais non moins aimant, accourra pour reprendre sa compagne dans les bras. Car, il s'agit bien d'un compagnonnage, et ce, depuis la sortie d'Egypte et jusques, et pendant, les exils.

D.eu, époux, guette le moment où Il pourrait ramener Son peuple sur Sa terre.  C'est ce qu'explique Rabbi Yehoshoua' ben Lévi :

"BE'ITTAH  A'HISHENNA"

-"en son temps, j'en hâterai la réalisation"[15] :

"Si les enfants d'Israël le méritent, Je hâterais la venue du Messie. Mais s'ils ne méritent pas, il ne viendra qu'à l'heure prévue"[16].

C'est pourquoi Rabbi Yo'hanan dit : "Le fils de David n'apparaîtra qu'à une époque où tous seront méritants... ou à une époque où tous seront coupables"[17].

Ainsi, la nuit de l'exil ne peut prendre fin que dans ces conditions extrêmes. Mais c'est aussi un espoir, une certitude, pour ces deux Maîtres comme pour tant d'autres, que le Messie viendra. Sûrement !

N'y a-t-il cependant pas une voix discordante dans cet ensemble d'espérance têtue, mais combien salutaire ?  Il semble que si. En effet, dans le même traité du Talmud, une page plus loin, nous trouvons l'avis de Rabbi Hillel :  "Il n'y a plus de Messie pour Israël, car il a été dévoré à l'époque d'Ezéchias"[18].

Ce Maître prononce-t-il des paroles de désespoir ou des paroles de rejet pur et simple de la croyance messianique ?

Dans ce dernier cas, comme on comprend l'exclamation de Rav Yossef : " Que D.eu lui pardonne ! "[19].

D'autre part, peut-on dire que Maïmonide ne connaissait pas cette affirmation de Rabbi Hillel, lorsqu'il écrivait dans son commentaire de la Michna, en établissant les Treize articles de foi :

"Le douzième fondement est celui des temps messianiques auxquels on doit croire.... Et celui qui en doute ou en amoindrit l'importance, renie la Torah[20]" ?!

Abrabanel dirait que celui qui nie la "venue du Messie", nie du même coup la Torah, les Prophètes et les Hagiographes.

D'ailleurs, dans son introduction au livre "Mashmi'a Yeshou'ah" où, d'une part, il cite ceux parmi les Prophètes qui furent les dix-sept "annonciateurs de délivrance", et où, d'autre part, il disserte sur leurs prophéties, Abrabanel explique la sentence de Rabbi Hillel et s'insurge contre ceux qui prennent appui sur ce Maître pour nier la venue du Messie. Il faut dire que le but de cette oeuvre d'Abrabanel est de démontrer que toutes les prophéties messianiques ne se rapportaient nullement à la construction du deuxième temple, mais à la délivrance future.

Dans son livre "Rosh Amana" - "Le Principe de la Foi", cet auteur reprend sa dissertation et justifie la dogmatologie de Maïmonide. Dans le chapitre XIV, il réfute surtout les arguments de Rabbi 'Hasdaï Crescas[21] et de Rabbi Yossef Albo[22] qui refusaient d'admettre la foi en la venue du Messie comme principe fondamental de la Loi. Il dit notamment :

"Quant à la déclaration de Rabbi Hillel consignée au traité Sanhédrin, à savoir "qu'il n'y a plus de Messie pour Israël, car ils l'ont dévoré à l'époque d'Ezéchias", je l'ai déjà expliquée.... J'ai prouvé que la pensée de Hillel n'était pas de nier la venue du Messie, ni d'exprimer l'opinion qu'on veut lui prêter, à savoir : " Que la croyance en la venue du Messie est précisément contraire aux textes d'Isaïe qui s'y rapportent, lesquels ont tous été appliqués à Ezéchias, le roi de Judah lui-même....

Les termes du Talmud par lesquels Hillel exprime son opinion, sont loin d'être conformes à l'une ou à l'autre de ces deux suppositions.

Il en ressort en effet, que d'après ce Docteur, deux époques sont assignées à la venue du Messie : la première, c'est "l'époque possible", celle qui pourrait être rapprochée par les mérites des Enfants d'Israël et par leur retour à D.eu qui hâterait Son oeuvre et  en devancerait la réalisation ; la seconde, c'est "l'époque inévitable", celle qui est connue de D.eu seul, et qui, malgré les démérites des enfants d'Israël, malgré leur éloignement opiniâtre de D.eu, ne saurait dépasser la limite fixée irrévocablement par le Saint Béni Soit-Il.... C'est à quoi les Docteurs font allusion quand ils disent que "le fils de David ne viendra que lorsque les hommes seront tous méritants ou tous coupables". L'opinion de Hillel est conforme à cette explication. Par ces mots : "Il n'y a plus de Messie pour Israël", il veut dire que les enfants d'Israël ne peuvent plus rapprocher l'époque possible de la venue du Messie par leurs mérites, par leur repentir..."[23].

Quant à l'exclamation de Rav Yossef, elle s'explique, dit Abrabanel, par la crainte de ce Maître de voir s'éloigner les enfants d'Israël du repentir à cause de ces paroles, et que celles-ci ne les portassent au désespoir.

Dans Mashmia' Yeshou'a, Abrabanel apporte une deuxième explication qui prend le terme Mashia'h dans son sens étymologique : "oint". A la prochaine délivrance, lorsqu'Israël sera installé sur sa terre, il n'aura pas besoin d'un roi "oint", élu, car D.eu seul sera leur Roi.

Il faut souligner qu'Abrabanel a consacré plusieurs écrits au thème du Messie. En dehors de l'intérêt théologique incontestable qu'il pouvait porter à ce problème, il nous semble que les événements qui ont marqué la vie de ce Maître, ont joué un grand rôle dans la méditation et la rédaction de ce thème. N'oublions pas, en effet, que Don Isaac Abrabanel a connu la tragédie de l'Exil d'Espagne en 1492 qui a jeté sur les routes des dizaines de milliers d'hommes, de femmes, de vieillards et d'enfants, renouvelant ainsi la tragédie de la destruction du Temple et la dispersion des Juifs. Méditer dans ces conditions sur le thème de la délivrance et du Messianisme, devenait un acte de foi dans les écrits bibliques, dans le message des prophètes, et une lutte contre le désespoir, pour ces dizaines de milliers de Juifs errants affamés, assoiffés, dévalisés, proie des rapaces de toute nature. Ces Juifs, ces mal venus, ont quitté l'Espagne emportant dans leurs bagages leur détresse et leurs larmes, mais aussi leur espérance et leur Messie. Il emportaient aussi leurs richesses spirituelles et morales et allaient bientôt les répandre, comme on sème des graines, en Afrique du Nord, en Italie, en Turquie, en Palestine et ailleurs. Cet événement, aussi tragique fût-il, a été, comme dit André Néher dans le Puits de l'Exil[24]  "comme le tournant décisif et ultime, au-delà duquel on ne peut plus attendre que la révolution messianique".

Cette révolution se traduit, pour Abrabanel par des "calculs", cette pratique qui consiste, par de "subtiles exégèses des textes bibliques ou midrashiques", à déterminer la date de l'arrivée du Messie.

Mais d'autres qu'Abrabanel ont vu dans la date de 1492 un événement au "caractère providentiel". Parmi eux, le Maharal de Prague[25]. Celui-ci cependant répugnait à faire parler les chiffres et rejoignait en cela, le camp de ceux qui disaient : " Que crèvent donc les calculateurs des temps messianiques !".

Pour le Maharal, l'événement n'a pas un sens chronologique mais sociologique, en ce sens que les rapports entre Israël et les nations se modifient. Le point de départ de cette interprétation des événements se trouve dans celle qu'il donne d'un passage du Traité Berakhot[26] où "les trois veilles" successives de la nuit sont caractérisées par le braiment de l'âne, l'aboiement des chiens et, enfin, la conversation entre l'époux et l'épouse, celle-ci, elle-même, allaitant le nourrisson. Selon l'expression du Maharal, dit André Néher, il faut reconnaître dans ce Midrash l'essence des relations entre Israël et les peuples. Tout au long de l'histoire, trois phases successives ont caractérisé ces relations.

La phase du braiment de l'âne d'abord, au moment de l'écroulement du Temple et de l'Etat : le peuple juif était alors écrasé par la servitude physique que lui imposaient les Chaldéens et les Romains, la matérialité de cette relation étant symbolisée par l'âne dont le nom est, en hébreu, synonyme de matière  - 'hamor, 'homèr.

Puis la phase des chiens qui aboient : férocité brutale du Moyen-Age, où les peuples ont cherché l'extermination d'Israël, et l'ont partiellement réalisée au moyen des persécutions les plus cruelles.

Enfin, la phase actuelle, celle où la relation entre Israël et les peuples prend la forme du "dialogue".

Il est intéressant de constater comment le symbolisme conjugal que nous avons étudié à propos du Mariage d'Osée et qui désignait le couple "D.eu-Israël", est appliqué par le Maharal aux relations d'Israël avec les Nations.

Bien sûr, ce n'est pas encore le jour, c'est à peine la troisième veille, mais c'est celle qui tire vers l'aube. Le dialogue entre l'époux et l'épouse, Israël et les Nations, est encore un murmure, paroles échangées à voix très basse, par crainte d'éveiller ceux qui dorment. Quand il fera jour, on pourra parler plus librement.

En tout cas, le dialogue est engagé. Il ira s'accentuant, et, au 17ème siècle déjà, les portes du ghetto s'ouvrent et "des rapports humains se nouent avec un peu moins de méfiance"[27].

Parce que notre sujet n'était pas le messianisme, et afin de ne pas alourdir ce qui au départ nous ne voulions que comme aperçu, nous terminerons cette étude sur les paroles pleines d'un optimisme extraordinaire et d'une foi sans bornes, de Maïmonide qui, dans un ouvrage destiné à être un codex halakhique, a trouvé la place pour y insérer des textes sur le Messie et le Messianisme[28]

"Qu'on ne croie pas qu'aux temps messianiques, quelque choses changera dans la marche du monde... Tout continuera comme par le passé. Et ce que disait Isaïe : "Le loup habitera avec la brebis, et le tigre reposera avec le chevreau ; veau, lionceau et bélier vivront ensemble, et un jeune enfant les conduira"[29], est une parabole et une énigme. Et, à l'époque du Messie, chacun comprendra à quoi faisait allusion cette parabole".

Et, poursuit plus loin Maïmonide[30] : "A cette époque, il n'y aura ni famine ni guerre, ni jalousie ni rivalité,... et la préoccupation des hommes sera de connaître D.eu seulement, comme il est dit : "car la terre sera pleine de la connaissance de D.eu comme l'eau abonde dans le lit des mers"[31].


[1]. V. ci-dessus, pp. 54 et ss.

[2]. Is. 63, 9.

[3]. Cant. des Cant. 5,2.

[4]. Texte tiré de la Peti'ha d'Eliahou qu'on lit dans certaines communautés avant les prières quotidiennes ou avant la lecture du Zohar et qu'on peut trouver dans la plupart des livres de prière Sepharad.

[5]. Torat haNeviïm, p. 173.

[6]. Job, 16,11.

[7]. Torat haNeviïm, p. 173.

[8]. V.ci-dessus, p. 155, le texte d'Ezéchiel, et p. 157, l'interprétation donnée par Rabbi Yirmiya.

[9]. Is., 2,3.

[10]. Job, 48,8,10.

[11]. Gen. 20, 7,17.

[12]. Is. 11,9.

[13]. Lév. 26,44.

[14]. Deut. 30,3.

[15]. Is. 60,22.

[16]. Sanh. 98a.

[17]. Id.

[18]. Sanh. 98b et 99a.

[19]. Id. 99a.

[20]. Sanh. Ch. 10,Michna 1.

[21]. Philosophe et Talmudiste du 14-15ème s.

[22]. Talmudiste, philosophe et médecin. Disciple de R. 'Hasdaï Crescas.

[23]. Cf. Rosh Amana, ch.XIV, traduction française du Grand Rabbin Benjamin MOSSE, en 1884.

[24]. Puits de l'Exil, p. 79.

[25]. Le Haut Rabbi Loeb (Rabbi Yehoudah ben Betzalel Liwa), 1512-1609.

[26]. Berakhot, 3a. Tout le passage qui suit est extrait du "Puits de l'Exil", pp. 82 et ss.

[27]. Histoire Juive de la Renaissance à nos jours, Tome I, p. 77. Renée NEHER-BERNHEIM. Ed. Durlacher.

[28]. Mishnéh Torah, Livre XIV, Hilkhot Melakhim, Ch. 12, par. 1.

[29]. Is. 11,6.

[30]. Mishnéh Torah, Hilkhot Melakhim, Ch. 12, Par. 5.

[31]. Is. 11,9.

Réalité et allégorie dans la Bible - Rabbin Raphaël PEREZ