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Séminaire Israélite de France
9. rue Vauquelin 75005 Paris - France

LE RESPECT DU AUX PARENTS

D'après le Choulhan Aroukh, Yoré Dé'a, Chapitre 240

Par Franck TEBOUL

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L'importance du commandement
d'honorer ses parents

Choulhan Aroukh, Yoré Déa, Chapitre 240, § 1

La Torah nous ordonne dans la Paracha de Yitro, Exode XX‑ 12 (ainsi que dans la Paracha de Vaéthannane, Deutéronome V‑ 16, sous une forme un peu différente) :

"Honore ton père et la mère afin que tes jours se prolongent sur la terre que l'Eternel ton D' t'accordera

Ce commandement a été étudié dans le Talmud (Kiddouchin 30b) où il est rapporté le texte suivant :

"Nos maîtres ont enseigné dans une Baraïta

Il est dit (Exode 20,12) : "Honore ton père et ta mère" et il est dit (Proverbes 3,9) : "Honores l"Eternel avec tes biens".

Le verset a mis sur le même pied d'égalité l'interdiction de maudire ses parents et celle de maudire D' (par analogie des termes, ici le verbe maudire).

Par contre, en ce qui concerne l'interdiction de frapper [ses parents], il n'y a pas [de comparaison] possible (car il n'y a pas lieu d'employer le terme frapper lorsque l'on se réfère à D'). Et cela est logique[ qu'on ait comparé les parents à D.] puisqu ils sont tous les trois associés à sa [création].

Nos maîtres ont enseigné dans une [autre] Baraïta :

"Trois associés participent à [la formation de] l'être humain : Le Saint béni soit‑il, son père et sa mère. Lorsqu'un être humain respecte son père et sa mère, le Saint Béni Soit‑Il dit : "Je le leur compte comme si Je résidais parmi eux et qu'ils M'avaient honoré". " (Fin de citation du Talmud Kiddouchin 30b).

Par ailleurs, l'auteur des Hagaoth Maïmonioth sur le Rambam (décisionnaire allemand du bas moyen âge) fait remarquer que l'on retrouve cette équation entre l'honneur dû aux parents et celui dû à D. uniquement dans le Talmud de Babylone.

Par contre, selon le Talmud de Jérusalem sur le traité Péa, Rabbi Simon Bar Yohaï dit: “ Le devoir d'honneur vis‑à‑vis des parents est plus sévère que celui que l'on doit à D' ”. En effet, à propos de celui que l'on doit à D", le verset (Proverbes III‑ 9) dit: “ Honore l'Eternel avec tes biens ” Cela veut dire, explique R. S. Bar Yohaï, que si D' te donne une maison, tu fixeras alors une mézouza ; s'il te donne de l'argent, tu pourras accomplir le précepte de la Tsédaqua (la bienfaisance).

Par contre, à propos de l'honneur dû aux parents, le verset n'emploie pas le terme : “ tes biens ”, pour nous enseigner que même si tu es dépourvu de tout, tu devras tout de mémé les honorer.

C'est en se basant sur ces différents textes que le Arbaa Tourim, (écrit par Rabbénou Yaakov ben Acher, au XIV siècle) , puis le Choulhan Aroukh (écrit par Rabbi Yossef Caro., au XVIe siècle), énoncent:

“ Il faut respecter très attentivement le commandement d'honorer et de respecter son père et sa mère ”.

Le Aroukh Hachoulhan précise que ce commandement fait partie des plus grandes et plus importantes injonctions.

Le Rama, Rabbi Moshé Isserless, rabbin au XVIe siècle, quant à lui, ajoute :

“ Et néanmoins, Le Beth Din ne contraint pas [une personne] à honorer ses parents ”( car c'est un commandement dont la récompense est mentionnée explicitement dans la Tora).

La source de cet enseignement est le traité de Houlin 11 Ob où l'on rapporte en connexion avec notre précepte d'honorer ses parents, la BarWita suivante :

“ Tout commandement positif dont la récompense est évoquée dans la Torah,, le Beth Din n'a pas la force de contraindre une personne à respecter cette injonction ”.

Et Rachi d'expliquer: “ La récompense est évoquée dans la Torah “ afin que tes jours se prolongent ” (Exode XX‑1 2) : si tu ne l'accomplis pas, ta punition sera de ne pas hériter cette récompense ”.

C'est donc la raison pour laquelle le Beth Din n'a pas le pouvoir de contraindre une personne à accomplir le commandement du respect des parents.

Cependant, le Aroukh Hachoulhan (écrit par Rabbi Yéhiel Mikhel Epstein, rabbin au XIXe siècle, à Novardock) rapporte le Talmud de Jérusalem, Traité Kiddouchin, chapitre 1, Halakha 7, où nous est relatée l'histoire d'une personne qui refusait de nourrir son père. Le Talmud précise, à ce sujet, que le Beth Din le frappa jusqu'à ce qu'elle consentît à nourrir son père.

Ainsi, il est clairement écrit que le Beth Din le contraint à subvenir à ses besoins. Il y a donc une contradiction apparente entre les deux textes talmudiques.

Le Mordékhaï, Rabbi Mordékhaï fils de Hillel, rabbin du début du XIVe siècle, dans son texte sur le traité de Baba Batra, résoud cette contradiction de la manière suivante: les propos du Talmud dans le traité 'Houlin (rapportés par le Rama) disant qu'on ne peut contraindre un homme au respect de ses parents, signifient qu'on ne peut lui administrer le traitement très sévère réservé à quiconque refuse de se soumettre à un commandement, à savoir., le frapper jusqu'à son acceptation. Cependant, il est tout de même concevable que le Bet Din puisse le frapper légèrement pour l'impressionner et l'inciter au respect de ses parents, et c'est d'un tel traitement que parle le Talmud de Babylone. (la même réponse est exprimée par le Touré Zahav, Rabbi David Halévi, rabbin en Pologne, au XVIlème siècle, ainsi que par le Baère Hélève, Rabbi Juda Achkénazi, rabbin au XVIllème siècle ).

Le Aroukh hachoulhan, insatisfait de cette réponse, trop difficile à insérer dans les termes du Talmud de Babylone (Houlin 110 B), qui laisse plutôt entendre qu'il s'agissait véritablement de le contraindre ( imk ”D):”, propose une compréhension. différente . Il explique que le Beth Din n'a pas le pouvoir de contraindre une personne à respecter se~ parents lorsque ceux‑ci peuvent subvenir eux‑mêmes à leurs propres besoins et ne vivent pas sur les ressources de leurs enfants. Cependant si ses parents n'ont pas les moyens de se nourrir, dit R.M. Epstein, on obligera le fils à subvenir à leurs besoins, non pas pour accomplir le précepte du respect que l'on doit à ses parents, mais parce que ses parents souffriront de manque de nourriture. Il faut aussi préciser que le Beth Din l'oblige parce que c'est une Tsédaqua (charité ) que leur fils leur rend. Et c'est donc à cause de cette souffrance (de pauvres personnes) qu'il peut contraindre le fils. (Référence dans Hilkhot Tsédaqua, Choulhan Aroukh yoré déa Chapitre 248 Halakha 1). En d'autres termes, le Rama parlait de la situation où ses parents avaient de quoi se nourrir, auquel cas, le Beth Din ne peut le contraindre à les respecter.

Avant de conclure ce chapitre consacré à l'importance de notre Mitsva, rapportons l'avis du Aroukh Hachoulhan sur un fait à première vue surprenant, celui de savoir la raison pour laquelle nous ne récitons pas de bénédictions sur l'injonction du respect des parents ( question qui se pose aussi pour la Guémilouth 'Hassadim (c'est à dire un acte accomplit par amour du prochain) , la bienfaisance, ainsi que pour la Tsédaka, la charité (ayant pour objet de venir en aide aux plus démunis).

Le Aroukh Hachoulhan explique que les autres nations accomplissent aussi ce commandement Mais seulement cet accomplissement est de l'ordre de l'instinct ou du bon sens le plus élémentaire.

En dépit du caractère universel apparent de cette Mitsva, il réside tout de même une différence au niveau de la motivation qui sous‑entend son accomplissement : en effet , les Juifs ne l'accomplissent ni par instinct, ni par bon sens, mais avant tout du fait de l'origine divine de cette injonction. Il n'en reste pas moins que cette Mitsva n'est typiquement juive que par le sentiment et non par le comportement. Pour cette raison, les Rabbins n'ont pas jugé bon d'instituer une bénédiction.

Dans le prolongement de cette subtile distinction, R. Y.M. Stein explique la raison pour laquelle il est écrit ( Deutéronome 5,16) :

“ Comme D. te l'a ordonné ” à propos du respect dû aux parents dans les secondes tables de la Loi et non pas dans les premières.

En effet, lors du don des premières tables de la Loi, les enfants d'Israël n'avaient pas besoin de cette précision, du fait qu'ils n'avaient pas encore commis la faute du veau d'or, et par conséquent, ils se trouvaient spirituellement à un niveau très élevé. Ils savaient à cette époque, que 1" accomplissement de ce commandement devait se faire non pas parce que l'instinct ou le bon sens le recommande, mais parce que c'est D. qui l'a ordonné: (“ Comme D. te l'a ordonné ”).

Par contre> lors du don des secondes Tables de la Loi, ils avaient déjà commis la faute du Veau d'or et ils étaient donc à un degré moins élevé.

C'est pour cela que D. a précisé qu'il fallait accomplir ce précepte parce que c'est Lui qui nous l'a ordonné.


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