MULHOUSE

Mulhouse n’était encore qu’une petite ville. Ses bourgeois venaient d’échapper à la tutelle de l’évêque de Strasbourg et d’entrer dans le sein de l’Empire Romain Germanique. Elle allait devenir libre. C’est alors qu’apparaît, daté de 1290, le premier document qui signale la présence des Juifs à Mulhouse.
synagogue
Durant le moyen âge il y eut deux Synagogues situées rue du Sauvage.

Pendant les années où Mulhouse fut République Suisse de 1515 à 1798 les Juifs ne furent pas admis à y demeurer ni d’ailleurs les catholiques. Les commerçants habitants les villages avoisinants pouvaient commercer à Mulhouse le mardi et le dimanche.

Durant la Grande révolution la population se livra à de nombreux excès contre les juifs ; ils purent se protéger dans la ville de Mulhouse. Les juifs reconnaissant composèrent une prière spéciale récitée le Chabbat matin après celle pour le roi.

En 1798 lorsque Mulhouse fut réunie à la France et les juifs, maintenant citoyens, purent à nouveau y demeurer. Une nouvelle communauté allait se former.

Mulhouse devenue française le premier juif arrivé fut un nommé Meyer Hirsch qui demeura rue des Boulangers.

En 1808, les juifs sont au nombre de 165 sur une population totale de 8000 à 9000 âmes.

En 1822 ils seront 400 et à la fin du siècle en 1890 la communauté comprendra 2132 personnes sur une population de 78 892 âmes.

En 1938 elle était composée d’un millier de familles, de 3 à 4000 personnes sur une population de 100 000.

Notre communauté fut représentée à l’Assemblée des Notables et au Grand Sanhédrin convoqué par Napoléon 1er en 1806 et 1808 à Paris par un nommé Moyses Aron.

Dès ses débuts la communauté se mit au travail. Ne se composant encore que de 160 membres, elle comptait déjà trois instituteurs.

En 1822 Moché Bernheim fut élu Rabbin.

Le petit oratoire situé à la Spitalplatz (rue Sainte Claire) fut transféré en 1821 dans la rue de la Synagogue.

Jusqu’en 1830 les juifs de Mulhouse étaient inhumés dans les vieux cimetières de la région et particulièrement à jungholtz, mais à cette date un cimetière Israélite fut institué à Mulhouse sur un emplacement occupé aujourd’hui par le parc Salvator. En 1890, il fut désaffecté et les tombes furent transportées au cimetière actuel. Le Rabbin David Bernheim avait inauguré le cimetière de 1830 et il y fut inhumé le premier en 1831.

Au poste laissé vacant par le rabbin Bernheim fut élu Samuel Dreyfus de Ribeauvillé et diplômé de l’Ecole Centrale Rabbinique de France installée à Metz. Sous son impulsion la communauté construisit en 1848 la Synagogue actuelle qui fut inaugurée le 13 décembre 1849. Il fut parmi les fondateurs de l’hôpital Israélite fondée en 1862 et reconnu d’utilité publique en 1870. Elle existe encore aujourd’hui sous le nom de Résidence René Hirschler à Pfastatt.

Depuis 1819 les juifs avaient une part de plus en plus importante au développement de l’industrie de la ville. Des hommes comme Lazare Lantz qui fit d’ailleurs partie du Conseil Municipal fonda la banque de Mulhouse, fut vice-président de la Société Industrielle et président du Conseil d’administration de la caisse d’Epargne.

Avec la débâcle de 1870 et la défaite commence une nouvelle période dans l’histoire de la Communauté. Beaucoup de juifs qui nourrissaient des sentiments profondément français partirent dans l’intérieur.

Le Rabbin Samuel Dreyfus fut remplacé en 1873 par le rabbin Salomon Moock.

En 1880, la communauté construisait un bâtiment annexe à la Synagogue et un oratoire. Sur l’initiative du rabbin un bain rituel fut construit en 1882 rue Gutenberg.

L’Affaire Dreyfus qui éclata à Paris vers le 25 septembre 1894 ne laissa pas Mulhouse indifférent ; en effet le Capitaine Alfred dreyfus était né à Mulhouse et de nombreuses enquêtes furent conduites ici et par les ennemis du Capitaine et par ses défenseurs.

Le Rabbin Moock fut remplacé en 1898 par le rabbin Félix Blum.

Le Rabbin Blum patriote convaincu contraint de prêcher en Allemand fut plus d’une fois inquiété pour le contenu de ses discours patriotiques.

Cette période de 1898 1918 fut marquée par l’agrandissement de l’hôpital Israélite et par la fondation de la société de bienfaisance " l’Abri "(1911) qui avait pour but de s’occuper des enfants pauvres.

Le Rabbin Blum eut la joie de saluer en 1918 le retour de l’Alsace à la France. Après sa retraite il fut remplacé en 1922 par le Rabbin Jacob Kaplan, né à paris en 1895.

En 1929 le Rabbin Kaplan fut appelé à diriger l’une des synagogues les plus importantes de Paris et c’est le Rabbin René Hirschler qui lui succéda.

En 1930 l’hôpital Israélite fut transféré à Pfastatt.

La même année, une souscription permettait de financer la construction d’un lieu de culte israélite dans la crypte du Monument National de l’Harmanswillerkopf (vieil Armand), où chaque année, depuis cette date est célébré un office œcuménique à la mémoire des soldats tombés sur ces hauteurs durant la grande guerre.

En 1937 fut construit une Maison de la Communauté où fut réunis Centre Culturel et bain Rituel.

Le Rabbin René Hirshler duquel je me suis inspiré pour vous présenter notre communauté fut déporté par les nazis.

Au retour de la guerre lorsqu’il fallait reconstruire sur les ruines laissées par la méchanceté des hommes, ce fut le Rabbin Edgar Weill qui pris la direction de la Communauté. Après sa retraite en 1984 c’est le Rabbin Elie Hayoun qui dirige cette communauté, d’abord sous la présidence de Monsieur René Goldschmidt puis celle de Monsieur Rémy Heymann, actuel Président de notre communauté.

 
Mulhouse le 22 juin 1997
Le Rabbin Elie Hayoun
d’après le livre du Rabbin Hirschler " Les Juifs à Mulhouse "

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