COLMAR
Les premières traces sûres d'une communauté juive à Colmar remontent au XIIIème siècle, autour de ce qui est actuellement la rue Berthe Molly ou Judengass. On sait que sa synagogue fut détruite en 1279 par un incendie, puis reconstruite ; il y avait aussi un mikwe, un " tanzhus " pour les mariages, un jardin, un cimetière.
Cette première communauté s'éteignit quelques années après la peste noire de 1348. Elle se reforma en 1385 et une synagogue fut édifiée à un autre emplacement ; mais les Juifs de Colmar furent expulsés en 1512.
Jusqu'à l'émancipation de 1791, ils eurent l'autorisation de venir pour leurs affaires, mais devaient quitter la ville au couvre feu de 22 heures. (Actuellement encore, le carillon de la collégiale, à dix heures du soir, nous le rappelle). Cette situation explique la présence de communautés importantes dans les villages proches de la ville.
Les Juifs revinrent progressivement après la Révolution française. En 1814, la municipalité refusa que l'on construisît une synagogue, arguant du fait que, avant la Révolution, non seulement les Juifs ne pouvaient avoir de synagogue en cette ville, mais il leur était défendu de s'y fixer définitivement par de acquisitions de maisons. Le but de cette conduite était principalement d'empêcher les Juifs de se livrer avec facilité aux prêts usuraires, de corrompre la jeunesse des deux sexes, de fréquenter les tripots et maisons de jeu et de devenir les agents les plus actifs des grands vols et de la contrebande.....Pourtant en 1808, sur les ordres de Napoléon, le conseil municipal avait dressé un état des Juifs " qui exercent un trafic quelconque " et certifié " n'avoir jamais reçu aucune plainte ".
La communauté s'accrût rapidement ce qui entraîna le transfert du siège du Grand-Rabbinat du Haut-Rhin de Wintzenheim à Colmar en 1823..
En 1828, un projet de construction de synagogue fut en voie de réalisation ( nous en possédons les plans), mais il avorta et les offices continuèrent de se tenir dans des salles de fortune, en général des auberges.
La situation devint de plus en plus insoutenable à mesure que la communauté s'accroissait. Elle augmenta des deux tiers en 1832 lorsque les Juifs de Bergheim se réfugièrent à Colmar à la suite d'émeutes anti-juives dans leur village. Après encore deux tentatives infructueuses, un terrain fut trouvé. En 1840, le consistoire fit l'acquisition de la ferme des Laboureurs et de ses dépendances...sise en face du petit marché au bétail. C'est là que fut achevée en 1843 la synagogue actuelle.
La contribution des la commune fut minime, 3000 francs sur un coût total de 120 000, prétextant que ce bâtiment était en fait la propriété privée de la communauté puisque les stalles y étaient vendues à ses membres . Ces 3000 francs payaient l'élargissement de la rue que permettait cette construction, ainsi que l'embellissement du quartier.
La cérémonie d'inauguration du 15 Septembre 1843, présidée par le Grand-Rabbin Seligmann GOUDCHAUX assisté du Rabbin Salomon KLEIN eut un grand retentissement.
Depuis cette date, plusieurs rénovations ont eu lieu, sous le régime allemand en 1870 et 1918 et après le retour de l'Alsace à la France. Une grande fête organisée en 1926 permit d'ajouter l'annexe qui servit d'oratoire et de secrétariat.
Durant la deuxième guerre mondiale, les nazis utilisèrent la synagogue comme salle des ventes des meubles pillés dans les maisons juives, puis comme arsenal. Une rénovation complète fut donc nécessaire et s'effectua progressivement à partir de 1945. La maison communautaire ne fut achevée qu'en 1961 ; comme on tenait à l'édifier dans le prolongement de la synagogue, il fallut acheter les maisons vétustes de la rue et en reloger les habitants.
L'inauguration du centre communautaire eut lieu le 16 Avril 1961, en présence du préfet M.PICARD et du Grand-Rabbin KAPLAN. Récemment, en 1988, eut lieu une réfection complète de la synagogue.
Le dimanche 4 Novembre 1993, à l'occasion du 150ème anniversaire de la synagogue, une imposante cérémonie s'est déroulée, présidée par le Grand-Rabbin de France, M. J. SITRUK.
Une plaquette qui retrace l'histoire de la synagogue et de la communauté fut alors éditée.