BESANCON
PRESENCE JUIVE A BESANÇON
La Communauté juive de Besançon célèbre cette année (5756-1996) le 125ème anniversaire de sa synagogue.
Nous vous invitons à découvrir, non seulement cet édifice surprenant, mais aussi lhistoire dhommes et de femmes qui, de génération en génération, ont témoigné de leur attachement à la promesse dIsraël.
DES ORIGINES A LA REVOLUTION FRANÇAISE
Au 14ème siècle, Besançon et ses environs sont une place privilégiée sur les routes de commerce entre lItalie et lAllemagne. Aussi le gouvernement communal accorde aux juifs des autorisations de séjour moyennant un droit dentrage et un cens annuel.
Si bien quen 1393, on trouve installées 12 familles juives qui entretiennent Joseph de Trèves pour maistre de leur escole.
Lannée suivante, le roi Charles VI expulse les juifs de ses états. Le Duc Philippe le Hardi en fait de même pour son Duché de Bourgogne. Mais Besançon est ville impériale : elle nest pas touchée par ces mesures et sert de ville de refuge aux juifs expulsés des états voisins.
Le premier cimetière juif est situé à Calmoutier au nord de la cité : les membres de la communauté sont bouchers, banquiers, orfèvres. A plusieurs reprises, les plus riches dentre eux avancent de largent à la Cité.
En 1465, la municipalité vend le terrain communal qui sert de cimetière aux juifs : cest la fin de la communauté médiévale.
En 1693, les registres de délibérations municipales indiquent quil est interdit aux marchands juifs de fréquenter la ville sans sêtre déclarés.
Ils ne peuvent y séjourner plus de trois jours consécutifs, ni faire aucune vente sans lassistance de lun des syndics municipaux.
En 1736, pour 8 jours de Mai, deux Juifs de Metz reçoivent lautorisation de trafiquer (commercer).
municipale le 2 du cent).
En 1768, la permission est donnée au juif Salomon SAX, graveur en pierre fines, dexercer son art à Besançon à charge pour lui de se renfermer dans sa profession et de ne faire aucun commerce.
Au début de la Révolution Française, il est toujours interdit aux juifs de séjourner plus de trois jours à Besançon.
En Décembre 1790, Antoine Melchior NODIER (père de lécrivain), Maire de Besançon, expulse par exploit dhuissier les Juifs WOLF et CAÏN pour avoir commercé plus longtemps, et il est approuvé par la municipalité.
Mais le 27 Septembre 1791, les juifs obtiennent la citoyenneté française par décret, sous condition de prestation du serment civique.
Des pogromes éclatent alors en Alsace : des juifs sont pendus aux crocs des boucheries. Les survivants fuient vers le sud et quelques familles sinstallent à Besançon.
En 1792, ces familles adressent à la municipalité une pétition en vue dobtenir une synagogue. Elles obtiennent peu après lautorisation de se réunir dans lancien couvent des Cordeliers (à la place du Collège St-François Xavier, devenu le Lycée Pasteur).
Très vite, ces familles sont attaquées par le journal jacobin La Vedette qui leur reproche leur fidélité au judaïsme; ces familles chôment le jour de Chabbat et travaillent les Décadis. En 1793, comme les catholiques, ils sont contraints de fermer leur lieu de prières.
CREATION DU CONSISTOIRE DE BESANÇON
En 1808, la structure des communautés juives est profondément modifiée suite à la création dune organisation centralisée à laquelle adhèrent les différentes communautés.
Par décret du 24 Août 1857, la communauté de Besançon est rattachée au consistoire de Lyon, après avoir un temps été affiliée à la circonscription consistoriale de Nancy.
La nombre de familles juives sinstallant à Besançon augmentant, il est crée un siège rabbinique par décret impérial du 1er Août 1864.
Le 13 Janvier 1881 est créé un Consistoire pour le Doubs et le Jura, regroupant les communautés de Montbéliard, lIsle-sur-le Doubs, Baume-les-Dames, Dole et Lons-le-Saunier.
Le premier Grand Rabbin est Jacques Auscher, précédemment rabbin communal à Saint-Etienne. A son arrivée, il trouve une petite synagogue quune centaine de juifs parmi les plus fortunés avaient fait aménager en 1831 par larchitecte municipal Marnotte.
Elle était située au 19 rue de la Madeleine, avec une façade caractérisée par des fenêtres ogivales encore bien conservées.
Vu létat de vétusté de cette synagogue, et tenant compte de laccroissement du nombre de juifs à Besançon (120 familles représentant 650 personnes), le Rabbin Auscher et le Consistoire de Besançon donnent la priorité à la construction dune nouvelle synagogue.
Le 17 Octobre 1865, le Consistoire décide lacquisition dun terrain à langle des rue Morand et Proudhon, dans le nouveau quartier du Clos St-Amour. Un plan de synagogue est dressé par M. Hirsch, architecte lyonnais.
Les propriétaires des terrains voisins manifestent leur opposition à ce projet, arguant que les terrains doivent être uniquement affectés à de lhabitation...
Le Conseil municipal demande alors à la Communauté de rechercher un autre emplacement pour sa synagogue.
A la même époque, la ville entreprend la construction du Quai Napoléon. A la suite dune transaction avec la ville et le propriétaire dune fabrique de bougies qui devait déménager par suite de lexhaussement du sol, le Consistoire sengage à construire à ses frais un temple suffisant pour le présent et lavenir.
Un décret impérial du 22 Mai 1867 autorise lacquisition du terrain, et la Communauté confie à larchitecte bisontin Marnotte le soin de dresser un monument de style mauresque.
Après un premier projet jugé trop onéreux par la ville, un second projet dun montant de 94.349,55 francs est accepté non compris les dépenses supplémentaires occasionnées par les décorations de la façade destinées, à la demande de la municipalité, à embellir le nouveau Quai Napoléon.... La dépense totale séleva à 145.105,90 francs dont une participation de lEtat de 10.000 francs.
Une souscription est ouverte par la communauté juive et rapporte 70.000 francs (dont 20.000 francs de la famille Veil-Picard). Un emprunt de 70.000 francs complète le financement. Un legs dAlexandre Lipman permettra le paiement dune partie des intérêts de lemprunt qui représente une lourde charge pour la Communauté.
Le 18 Novembre 1869, la synagogue est inaugurée au milieu dun grand concours de peuple. A cette occasion, le banquier Veil-Picard met à la disposition de la Société de Bienfaisance de la Communauté, une somme de 1.000 francs pour des distributions de viande aux familles indigentes catholiques et protestantes de la ville, le jour de la cérémonie.
Ce généreux mécène fait également un don pour réaliser la grille qui entoure la synagogue.
Lors de linauguration, le Grand Rabbin de Besançon Jacques Auscher prononçe un discours qui fut imprimé sous le titre Lavenir dIsraël.
Le Quai Napoléon est devenu le Quai de Strasbourg. Après plus dun siècle, limposante et originale construction qui a traversé sans encombre lépoque troublée de lOccupation, dresse toujours sa façade mauresque le long du Doubs.
LA SYNAGOGUE DE BESANÇON
Celui qui découvre pour la première fois la façade de la synagogue est souvent perplexe quant à la destination de ce bâtiment. Si ce nétait les Tables de la Loi sculptées qui ornent son fronton, aucun autre élément architectural ne fait référence au judaïsme.
La communauté juive avait demandé à larchitecte bisontin Marnotte de dresser les plans dune synagogue de style mauresque.
Le premier projet de synagogue qui devait se construire au Clos St-Amour était dune facture néo-classique, à limage de nombreuses synagogues construites à lépoque en France.
Nous ne connaissons pas les raisons qui ont conduit la communauté de Besançon à ce choix stylistique étonnant, unique en Europe.
Les coupoles, les frises sculptées de motifs géométriques, sont des éléments architecturaux inspirés de ceux que lon trouve sur certaines mosquées.
On entre dans la vestibule par un portail à deux vantaux ornés de vitraux dans leur partie supérieure. De chaque côté du vestibule, un escalier mène aux galeries réservées aux femmes.
La galerie des femmes, qui fait partie intégrante de beaucoup de synagogues de lépoque moderne, nexistait pas toujours dans les synagogues antiques et médiévales. On ne connaît pas les origines exactes de la séparation des hommes et des femmes pour la prière. Dans le Temple, lEzrat Nachim - le secteur des femmes - ne leur était pas exclusivement réservé. Cétait le secteur au-delà duquel les femmes ne pouvaient aller.
Dans les synagogues antiques, le secteur des femmes était sur le même plan et derrière celui des hommes.
Dans le judaïsme, la femme nest pas astreinte aux horaires des offices de la synagogue, en raison de ses responsabilités familiales. Dans les temps anciens, les femmes ne se rendaient pas souvent dans les synagogues. Au fil des siècles, elles ont été de plus en plus nombreuses à venir prier, souvent accompagnées de leurs enfants.
On en vint progressivement à ajouter une salle pour les femmes, contiguë à celle des hommes, ou à construire des galeries pour les femmes. Cest cette disposition que lon retrouve dans la plupart des synagogues construites au 19ème siècle en France.
La balustrade de la galerie des femmes en bois peint est sculptée et ajourée suivant un motif étoilé que lon retrouve dans dautres parties de la synagogue.
Le type et la position du mobilier dans une synagogue ont autant évolué au cours des âges que son plan et son aspect extérieur. Larche (Aron Hakodech) et lestrade (Bima) de la synagogue de Besançon sont accolées; dans dautres synagogues, la Bima est centrale, ou placée contre le mur opposé à larche.
LARCHE OU ARON HAKODECH
Lorsque, vers le 4ème siècle, larche devint un élément central et fixe de la synagogue, elle fut placée sur le mur Est, tournée vers Jérusalem. Les prières étaient ainsi récitées en faisant face aux rouleaux de la Tora.
Larche appelée Aron Hakodech est la partie la plus importante de la synagogue, lobjet de vénération de la communauté.
Cest là que la Communauté place les rouleaux de la Tora, qui sont sortis pour la lecture publique de la Loi.
La décoration de larche est éblouissante. Le style est composite, avec des réminiscences de temples orientaux, des décors aux couleurs vives.
LE NER-TAMID
Une lumière suspendue devant larche brille sans interruption : cest le Ner-Tamid (la lumière éternelle) qui symbolise la lumière éternelle du Temple de Jérusalem.
LA TEVA
Le terme Téva désigne le coffre dans lequel sont placés les rouleaux de la Loi.
La Téva de Besançon est une armoire en bois aux portes coulissantes sculptées et peintes pour rendre un effet de ferronnerie polychrome.
La Téva est placée dans une niche construite dans le mur. Elle est isolée de la synagogue par un rideau appelé Parohet.
(Dans le Temple de Jérusalem, le Parohet séparait le Kodech Hakodachim - Saint des Saints - des autres salles).
La Téva renferme de nombreux rouleaux de la Tora, trésor de la Communauté.
Ceux-ci ont été sauvés de la destruction pendant loccupation allemande grâce aux efforts conjugués de larchevêque de Besançon, Mgr Dubourg, de son ami denfance le Dr Maxime Druhen et du Chanoine Rémillet, curé de léglise Sainte-Madeleine. Ils cachèrent les précieux rouleaux de la Tora dans louvroir de léglise jusquà la Libération.
Ils ont ainsi protégé de labandon et de la profanation les rouleaux de la Tora, fondements du judaïsme. Leur action courageuse et généreuse fut un geste de fraternité à légard de notre communauté.
A loccasion du 125ème anniversaire de notre synagogue, nous tenons à saluer leur mémoire.
LA BIMA
Lestrade devant larche est appelé Bima.
Sur la Bima est située une table inclinée devant laquelle se tient lofficiant. Cest aussi sur cette table que lon pose le rouleau de la Loi pour sa lecture.
(Cette table doit son origine à la plate-forme qui, pendant la période du Temple, servait à la lecture publique de la Loi).
Laccès à la Bima se fait par deux escaliers situés aux extrémités dune balustrade en bois sculpté. Le rabbin sadresse aux fidèles dune chaire située au milieu de cette balustrade.
SIEGES, COUPOLES ET VITRAUX
Le plan de la synagogue de Besançon est caractéristique des synagogues françaises du XIXe siècle.
LES SIEGES
Les sièges en bois des fidèles sont disposés de part et dautre dune allée centrale face à larche.
Selon une ancienne tradition, certains sièges - ceux situés près de larche - sont considérés comme plus prestigieux que les autres, car situés plus près des rouleaux de la Loi.
A Besançon, deux places dhonneur encadrent larche : le siège à gauche de larche est réservé au Rabbin, celui à droite au président de la Communauté.
Deux box situés de part et dautre de la Téva sont réservés aux membres du Comité de la synagogue .
LES COUPOLES
Léclairage naturel de lédifice est assuré par cinq coupoles vitrées disposées suivant laxe central.
La pierre utilisée pour les piliers, dune couleur beige et bleue, est ainsi bien mise en valeur. Elle est caractéristique de nombreux édifices construits à la même époque à Besançon.
LES VITRAUX
Une maxime talmudique dit que lon ne doit prier que dans un lieu comportant des fenêtres, de façon à voir le ciel; daprès le Zohar, une synagogue doit comporter douze fenêtres.
24 vitraux de différentes formes aux motifs étoilés colorent les murs de la synagogue sur les deux niveaux, ainsi que le vestibule et les escaliers daccès aux galeries.
Les coupoles et les vitraux éclairent la synagogue de Besançon dune douce
lumière, propice à la prière.
A.C.I
2, rue Mayence
25000 Besançon
Centre Communautaire "Maison Jérome Cahen"
10 rue Grosjean
25000 Besançon
Tel et Fax: 81.80.82.82
Synagogue
23c quai de Strasbourg
25000 Besançon
Cimetière
rue Anne Franck
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